Résumé de la décision
La décision concerne le recours de Mme B..., une ressortissante algérienne, qui conteste le décret du 18 juillet 2019 rapportant sa naturalisation intervenue par décret du 28 mars 2017. Mme B... avait déclaré être célibataire lors de sa demande de naturalisation, mais il a été révélé qu'elle s'était mariée en Algérie le 25 février 2016, ce qui représentait un changement significatif de sa situation personnelle. Le Conseil d'État conclut que le ministre de l'Intérieur a agi correctement en raison de la dissimulation délibérée d'informations importantes par l'intéressée.
Arguments pertinents
1. Dissimulation de la situation familiale : Le Conseil d'État a souligné que la dissimulation par Mme B... de son mariage constitue une fraude, ce qui justifie le rapport de sa naturalisation. La déclaration sur l'honneur qu'elle a signée au moment de sa demande requiert qu'elle informe l'administration de tout changement dans sa situation personnelle. En ne le faisant pas, elle a omis une obligation légale essentielle.
2. Bonne foi : Bien que Mme B... affirme qu'elle était de bonne foi et que l'omission était une simple erreur, le Conseil d'État a statué qu'elle ne présente pas de circonstance qui prouve une impossibilité de signaler ce changement. Il a aussi noté que sa maîtrise du français démontre qu'elle était pleinement consciente de la nature et de l'importance de ses déclarations.
3. Application de l'article 27-2 du Code civil : Le rapport du décret de naturalisation a été fait dans le respect des délais légaux, et le ministre a eu raison de se fonder sur des informations obtenues lors de l'instruction de la demande, indiquant ainsi qu'il n'y a pas eu de mauvaise application des dispositions juridiques.
Interprétations et citations légales
- Code civil - Article 27-2 : Cet article stipule que les décrets de naturalisation peuvent être rapportés si le bénéficiaire ne respecte pas les conditions légales ou si la naturalisation a été obtenue par fraude, le rapport devant intervenir dans les deux ans suivant la découverte de la fraude. Le Conseil d'État précise que l’omission d'informer l’administration d’un changement de situation personnelle rentre dans cette catégorie de fraude.
- Code civil - Article 21-6 : Selon cet article, la naturalisation n'est pas recevable si l'individu n'a pas établi sa résidence en France. Le Conseil d'État interprète cette exigence en tenant compte de la situation familiale pour évaluer si l'intéressé a vraiment établi son centre d'intérêts en France, un aspect affecté par le mariage que Mme B... a dissimulé.
Cette décision met en lumière l'importance des déclarations d'honneur dans le processus de naturalisation ainsi que les conséquences de la dissimulation d'informations par les demandeurs.