Résumé de la décision
M. B..., ressortissant tunisien, a épousé une citoyenne française en mars 2008. En juillet 2013, il a sollicité l'acquisition de la nationalité française, mais le Premier ministre a opposé un refus par décret en juin 2015, en raison de faits de criminalité grave dont il était accusé. M. B... a demandé l'annulation de ce décret pour excès de pouvoir, mais cela a été rejeté. La décision a été principalement fondée sur la nature des faits, considérés comme rendant M. B... indigne d'acquérir la nationalité française, indépendamment de la présomption d'innocence.
Arguments pertinents
1. Indignité résultant de faits criminels : Le Premier ministre a justifié son refus en raison de l’incarcération de M. B... et des accusations sérieuses portées contre lui, qualifiant ces éléments de nature à le rendre indigne d'acquérir la nationalité française. Il est précisé que « le Premier ministre, en estimant que [les faits] étaient de nature à rendre M. B...indigne en l'état d'acquérir la nationalité française, n'a pas fait une inexacte application de l'article 21-4 du code civil ».
2. Absence de contradiction de la présomption d'innocence : La décision souligne que la présomption d'innocence, bien que fondamentale, ne s'oppose pas à l'autorité administrative d’opposer un refus de nationalité en raison de faits criminels, même si la procédure judiciaire n'est pas encore terminee.
Interprétations et citations légales
1. Application de l'indignité : L'article 21-4 du Code civil permet au Gouvernement de s'opposer à l'acquisition de la nationalité française pour des motifs d'indignité. Il stipule que : « Le Gouvernement peut s'opposer par décret en Conseil d'Etat, pour indignité ou défaut d'assimilation [...] à l'acquisition de la nationalité française par le conjoint étranger [...]. » Cela signifie que même des accusations en cours peuvent suffire à justifier un refus.
2. Nature des faits pris en compte : La décision met en avant que la nature des faits d'enlèvement, de séquestration et de violences en bande organisée est suffisamment grave pour justifier un avis défavorable à l'acquisition de nationalité. L'interprétation des circonstances par le Premier ministre repose sur la gravité et la contemporanéité des faits reprochés, confirmant que « le caractère récent [des faits] fait peser le soupçon d’indignité ».
3. Limites de la présomption d'innocence : En vertu du droit français, la présomption d'innocence protège l'individu jusqu'à ce qu'il soit déclaré coupable par une juridiction. Toutefois, comme indiqué dans la décision, cette présomption ne constitue pas un obstacle à la prise d'une décision administrative fondée sur des éléments de fait sérieux concernant l’honneur et l’intégrité de l’individu.
Dans l'ensemble, la décision illustre l'équilibre délicat entre les droits d'un individu et le pouvoir de l'État d'assurer les valeurs fondatrices de la nationalité, en particulier en matière d'indignité.