Résumé de la décision :
La commune de Sens a contesté la conformité à la Constitution de certaines dispositions prises dans le cadre de la loi de finances pour 2015, arguant qu'elles méconnaissaient le principe de garantie des droits en raison de leur portée rétroactive. Le Conseil d'État, après avoir constaté que les dispositions contestées n'avaient pas d'effet rétroactif pour les années 2012 à 2014, a décidé qu'il n'y avait pas lieu de renvoyer la question prioritaire de constitutionnalité au Conseil constitutionnel. Ainsi, la demande de la commune a été rejetée.Arguments pertinents :
1. Portée rétroactive : Le Conseil d'État a avancé que les articles modifiés par la loi de finances pour 2015 ne conféraient pas de portée rétroactive aux dispositions contestées, soulignant que : "ces dispositions n'ont ni pour objet ni pour effet de conférer au dispositif décrit… une portée rétroactive pour les années 2012 à 2014." En conséquence, la commune ne pouvait pas revendiquer une atteinte à ses droits.2. Principe de la garantie des droits : Le Conseil d'État a considéré que la question soulevée par la commune de Sens ne remplissait pas les conditions d’une question prioritaire de constitutionnalité. Par voie de conséquence, il a écarté le moyen tiré de la violation des droits garantis par la Constitution, affirmant : "sans qu'il soit besoin de renvoyer au Conseil constitutionnel".
Interprétations et citations légales :
- Ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 : Article 23-5 stipule les conditions de la question prioritaire de constitutionnalité. Cet article précise que pour qu’une disposition législative soit présentée au Conseil constitutionnel, elle doit être applicable au litige, ne pas avoir déjà été déclarée conforme, et présenter un caractère sérieux.- Loi de finances pour 2015 : L'article 114 de cette loi a permis la suppression d'une mention spécifique à l'année 2011, ce qui a abouti à l'interprétation selon laquelle elle ne s'appliquait pas rétroactivement. Ainsi, les modifications intervenues ne touchaient pas les droits relatifs aux années précédentes, soutenant l'idée que "le solde serait prélevé au profit du budget général de l'Etat" uniquement selon les modalités établies pour les exercices à venir, sans impact sur les droits passés.
En somme, le Conseil d'État a fait application des principes de sécurité juridique et d'interprétation restrictive des textes législatifs affectant les droits fiscaux des collectivités territoriales, permettant ainsi de ne pas remettre en question les décisions prises antérieurement.