Résumé de la décision
Mme A..., professeure à l'École supérieure de physique et de chimie industrielle de la ville de Paris (ESPCI), a saisi le tribunal administratif pour contester plusieurs décisions de refus de promotion à la classe exceptionnelle, réclamant une indemnité de 250 000 euros. Le tribunal a initialement rejeté ses demandes, mais la cour administrative d'appel a reconnu une irrégularité dans la procédure de promotion, fondée sur le non-respect de l'indépendance des professeurs d'enseignement supérieur. Cependant, elle a également rejeté les demandes indemnitaires de Mme A... sans constater si cette irrégularité avait entraîné une perte de chance. Le Conseil d'État annule l'arrêt de la cour administrative d'appel pour erreur de droit et renvoie l'affaire à cette cour, tout en condamnant la ville de Paris à verser 3 000 euros à Mme A... pour ses frais de justice.
Arguments pertinents
1. Irregularité de la Procédure : La cour a constaté que la procédure de promotion à la classe exceptionnelle de l'ESPCI n'était pas conforme au principe d'indépendance des professeurs, ce qui constitue une "illégalité fautive". En effet, la promotion devait être fondée sur une appréciation scientifique, mais les décisions ont été prises par le maire de Paris, suite à un avis qui ne respectait pas cette exigence.
2. Erreur de Droit : Le Conseil d'État a jugé que la cour administrative d'appel a commis une erreur de droit en ne vérifiant pas si les irrégularités de la procédure avaient causé à Mme A... une perte de chance sérieuse d'être promue, ce qui revient à minimiser l'impact des violations procédurales.
> « qu'en se bornant ensuite à affirmer, pour rejeter les conclusions indemnitaires de Mme A..., que le préjudice qu'elle aurait subi ne pouvait être regardé comme la conséquence du vice dont ces décisions étaient entachées, sans rechercher si l'irrégularité de la procédure de promotion n'avait pas entraîné pour Mme A...de perte de chance sérieuse d'être nommée à la classe exceptionnelle des professeurs de l'ESPCI, la cour administrative d'appel de Paris a commis une erreur de droit ».
Interprétations et citations légales
1. Principe d'Indépendance : Le principe fondamental reconnu par les lois de la République concernant l'indépendance des professeurs d'enseignement supérieur prévaut dans ce contexte, stipulant que l'appréciation de la qualité scientifique doit provenir d'organes où les enseignants ont une représentation. Ce principe est souvent interprété comme assurant que les décisions concernant la carrière des enseignants ne doivent pas être influencées par des considérations étrangères à leur mérite scientifique.
- Code de l'éducation - Article L. 952-6 : Cet article souligne l'importance de cette indépendance dans le cadre des décisions administratives concernant les enseignants.
2. Responsabilité de l'Administration : Le Conseil d'État, dans son arrêt, a clairement établi que les erreurs administratives peuvent donner lieu à des réparations si elles sont à l’origine d’un préjudice, indiquant ainsi que l'administration est responsable de ses actes.
> « l’affaire est renvoyée à la cour administrative d’appel de Paris ».
3. Frais de Justice : En vertu de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il est précisé que les frais engagés pour les instances de contentieux doivent être pris en charge par la partie perdante, ce qui dans ce cas est la ville de Paris.
- Code de justice administrative - Article L. 761-1 : Cet article stipule que les frais de justice peuvent être pris en charge par la partie perdante, ici mise à la charge de la ville de Paris.
L'ensemble des éléments indique que la protection des droits des enseignants, ainsi que l'obligation de l'administration de respecter des procédures justes, sont au cœur des préoccupations de cette décision.