Résumé de la décision
La confédération générale du travail (CGT) a déposé une requête visant à annuler un décret du 17 avril 2015 qui introduit des dérogations à l'interdiction d'employer des travailleurs de moins de dix-huit ans à certains travaux dangereux, en particulier en hauteur. Le Conseil d'État a rejeté la requête de la CGT, considérant que les dérogations introduites étaient conformes aux prescriptions légales et ne méconnaissaient pas la protection de la santé des jeunes travailleurs, conformément aux dispositions des articles L. 4153-8 et L. 4153-9 du code du travail.
Arguments pertinents
1. Légalité externe du décret : La CGT a soutenu que le décret attaqué avait été adopté sans étude d'impact, ce qui serait irrégulier. Toutefois, le Conseil a statué que les circulaires mentionnées ne créaient pas d'obligation juridique pour le gouvernement. Ainsi, cet argument a été rejeté.
2. Légalité interne des dispositions : Le Conseil a constaté que le décret ne contrevenait pas à la règle générale d'interdiction d'affecter des jeunes à des travaux dangereux, affirmant que « l'interdiction d'emploi des jeunes de moins de dix-huit ans à des travaux pouvant être dangereux pour eux est la règle et la dérogation l'exception » (Code du travail - Articles L. 4153-8 et L. 4153-9).
3. Procédures d'affectation : Le Conseil a confirmé que les nouvelles dispositions ne modifiaient pas les procédures protectrices existantes pour l'affectation des jeunes à des travaux en hauteur, rejetant donc l'argument selon lequel elles seraient moins protectrices que celles en vigueur auparavant. Ce rejet est fondé sur le fait que « les moyens tirés de ce que la nouvelle procédure (...) serait moins protectrice sont inopérants ».
4. Justification des dérogations : Le Conseil a noté que la CGT n'a pas fourni de précisions suffisantes pour justifier que les dérogations introduites par le décret n'étaient ni justifiées ni limitées.
Interprétations et citations légales
- Interdiction et dérogations :
- Selon le Code du travail - Article L. 4153-8, il est stipulé qu’« il est interdit d'employer des travailleurs de moins de dix-huit ans à certaines catégories de travaux les exposant à des risques pour leur santé, leur sécurité, leur moralité ou excédant leurs forces ». Ce principe établit une protection solide pour les jeunes travailleurs.
- Par ailleurs, l’Article L. 4153-9 précise que « par dérogation... les travailleurs de moins de dix-huit ans ne peuvent être employés à certaines catégories de travaux mentionnés à [L. 4153-8] que sous certaines conditions déterminées par voie réglementaire », ce qui confère une marge de manœuvre dans l'encadrement de ces dérogations, pour autant qu'elles soient justifiées et adéquatement régulées.
- Protection de la santé : La décision a également fait référence à la nécessité de maintenir le niveau de protection de la santé des jeunes travailleurs, en relation avec la directive 89/391/CEE sur la sécurité et la santé des travailleurs, et les articles de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Le Conseil a souligné que les modifications apportées par le décret ne compromettaient pas ces objectifs fondamentaux.
En résumé, le Conseil d'État a considéré que le décret en question était conforme tant sur le plan procédural que substantiel au regard des exigences légales, assurant ainsi une protection suffisante des jeunes travailleurs malgré les débouchés offerts par les dérogations.