Résumé de la décision
L'affaire concerne M. A..., professeur des écoles, qui a été en incapacité de travailler en raison d'une maladie invalidante entre 2003 et 2008. Après avoir repris un poste adapté en 2008, il a été déclaré apte à reprendre ses fonctions à partir du 1er septembre 2010. Cependant, il n'a reçu que des affectations pour ordre jusqu'en 2014, ce qui l'aurait empêché de progresser dans sa carrière. M. A... a saisi le tribunal administratif de Marseille, demandant réparation pour les préjudices subis. La cour administrative d'appel de Marseille lui a accordé une compensation de 8 000 euros pour préjudice moral, mais a estimé qu'il n'avait pas subi de préjudice de carrière. M. A... se pourvoit en cassation contre cette décision. Le Conseil d'État a annulé l'arrêt de la cour d'appel en ce qui concerne le préjudice de carrière, reconnaissant une insuffisance dans la motivation et une erreur de droit. L'affaire est renvoyée à la cour administrative d'appel de Marseille pour réexamen.
Arguments pertinents
1. Incapacité à prouver un préjudice de carrière : La cour d'appel a jugé que M. A... ne démontrait pas des chances sérieuses d'accéder à des responsabilités supérieures. Cependant, le Conseil d'État a relevé « qu'en statuant ainsi, sans rechercher si M. A... n'aurait pu, en conservant le même niveau de responsabilités, obtenir un avancement plus favorable que le seul avancement à l'ancienneté dont il a bénéficié », la cour n’a pas suffisamment motivé son arrêt, ce qui constitue une erreur de droit.
2. Impact des affectations sur l'avancement : M. A... soutenait que ses affectations pour ordre l'avaient empêché d'être évalué, entravant ainsi ses chances d'obtenir un avancement au choix et de progresser vers la hors classe de son grade. Le Conseil d'État a conclu que cette thèse n'a pas été examinée, révélant une lacune dans l'analyse de la cour d'appel.
Interprétations et citations légales
- Code de justice administrative - Article L. 761-1 : Cet article stipule que dans les cas où un litige est tranché, la partie perdante peut être condamnée à payer une somme à l'autre partie au titre des frais non compris dans les dépens. Dans cette décision, le Conseil d'État a décidé que "l'Etat versera à M. A... une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative", illustrant l'application directe de cette disposition dans le cadre d'une responsabilité administrative.
- Loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 : Cette loi régit le statut des fonctionnaires et indique que des préjudices peuvent être réparés lorsque des mesures administratives entravent la carrière des agents publics. Le Conseil d'État a pris en compte cette loi pour souligner que des affectations inappropriées ou illégales, comme celles subies par M. A..., peuvent donner lieu à réparation en raison du trouble apporté à sa progression professionnelle.
La décision du Conseil d'État met en lumière l'importance de l'évaluation juste des impacts de l'administration sur la carrière des fonctionnaires et souligne l'obligation de motivation suffisante des jugements.