Résumé de la décision
La décision concerne le cas de Mme A..., professeur agrégé de philosophie, qui a contesté la réduction de son service d'enseignement au lycée Louis-le-Grand à Paris. Pour l'année scolaire 2019-2020, elle a été affectée à des cours qui ne correspondaient pas à sa spécialité, ce qui a conduit le juge des référés du tribunal administratif de Paris à suspendre cette décision et à enjoindre au proviseur de réexaminer sa situation. Le ministre de l'éducation nationale a formé un pourvoi en cassation, arguant que la décision contestée était une mesure d'ordre intérieur, insusceptible de recours. Toutefois, le Conseil d'État a rejeté ce pourvoi, confirmant que la décision faisait grief à Mme A... en raison de la nature des enseignements qui lui avaient été attribués.
Arguments pertinents
1. Nature de la décision contestée : Le ministre a soutenu que la décision de réaffectation de Mme A... était une mesure d'ordre intérieur, mais le juge des référés a estimé qu'elle faisait grief à l'intéressée. Le Conseil d'État a confirmé cette appréciation, soulignant que les enseignements confiés à Mme A... n'étaient pas en adéquation avec sa spécialité de philosophie.
> "Les enseignements confiés à Mme A... par cette décision n'étaient pas des enseignements de philosophie, alors qu'elle est professeur de chaire supérieure en philosophie."
2. Droit d'enseigner : Le juge a fondé sa décision sur le droit d'un professeur de chaire supérieure d'enseigner sa discipline dans une classe préparatoire de deuxième année, ce qui a été jugé pertinent pour établir que la décision contestée portait atteinte à ses droits.
> "Un professeur de chaire supérieure tient des dispositions du décret du 30 mai 1968 le droit d'enseigner sa discipline dans une classe préparatoire de deuxième année de la filière correspondante."
Interprétations et citations légales
1. Décret n° 68-503 du 30 mai 1968 : Ce décret établit le statut des professeurs de chaires supérieures et précise leur vocation à enseigner dans les classes préparatoires. L'article 1er stipule que ces professeurs doivent être affectés pour assurer les enseignements prévus dans les chaires supérieures.
> "Il est constitué un corps de professeurs de chaires supérieures. Ses membres ont vocation à être affectés, pour y assurer les enseignements prévus, dans les chaires supérieures créées..."
2. Arrêté du 24 octobre 1994 : Cet arrêté fixe la liste des disciplines pour lesquelles des chaires supérieures peuvent être créées, incluant la philosophie. Cela renforce l'argument selon lequel Mme A... a le droit d'enseigner dans sa discipline.
> "Des chaires supérieures peuvent être créées pour les disciplines suivantes : [...] philosophie [...]"
3. Code de justice administrative - Article L. 761-1 : Cet article permet au juge de condamner l'État à verser une somme à la partie gagnante au titre des frais de justice. Dans cette affaire, le Conseil d'État a décidé que l'État devait verser 3 000 euros à Mme A... pour couvrir ses frais.
> "Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à verser à Mme A... au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative."
En conclusion, la décision du Conseil d'État souligne l'importance du respect des droits des enseignants en matière d'affectation et d'enseignement, tout en clarifiant la distinction entre mesures d'ordre intérieur et décisions ayant un impact sur les droits des individus.