Résumé de la décision
La décision concerne un recours introduit par Mme A..., pharmacienne, qui contestait la légalité de l'article R. 5015-59 du code de la santé publique dans sa rédaction antérieure à un décret du 14 mars 1995. Cet article impose une obligation de non-concurrence pour les pharmaciens à l'égard de leurs anciens employeurs. Mme A... souhaitait que le Conseil d'État déclare ces dispositions illégales en raison de leur impact sur ses droits en tant que salariée d'un pharmacien. Le Conseil d'État a rejeté sa demande, confirmant la légalité des dispositions contestées, en considérant qu'elles n'étaient pas disproportionnées par rapport à leur objectif de protection de la profession.
Arguments pertinents
1. Objectif des dispositions : Le Conseil d'État a noté que l'article R. 5015-59 ne vise pas à imposer des clauses de non-concurrence dans les contrats de travail, mais à établir des obligations déontologiques pour les membres de la profession. Cette logique a été soutenue par la remarque que les dispositions "présentent un caractère purement supplétif".
2. Proportionnalité de la restriction : Il a été souligné que l'atteinte à la liberté d'entreprendre n'est pas disproportionnée par rapport à l'objectif de prévenir les litiges entre pharmaciens ayant eu des relations salariales ou collaboratives. Il a été précisé que "l'atteinte qu'elles portent à la liberté d'entreprendre n'est pas disproportionnée au regard de cet objectif".
3. Compatibilité avec les droits fondamentaux : Le Conseil d'État a également affirmé que les dispositions contestées ne méconnaissaient pas le droit à l'emploi issu de la Constitution ni les exigences de la Convention européenne des droits de l'homme. En ce sens, il indique que les dispositions n'enfreignent pas "le droit à l'emploi découlant de l'article 5 du Préambule de la Constitution de 1946".
Interprétations et citations légales
1. Interprétation de l'article R*. 5015-59 : Le Conseil d'État a interprété que cet article "n’a pas pour objet ou pour effet d’imposer ou d’autoriser la présence de certaines clauses dans les contrats", signifiant qu'il ne peut pas être considéré comme une obligation de clause de non-concurrence dans le sens strict, mais plutôt comme un guide déontologique pour éviter les litiges entre professionnels.
2. Rôle des règles déontologiques : Les dispositions sont jugées nécessaires pour maintenir l'ordre au sein de la profession des pharmaciens : "ces dispositions poursuivent notamment l'objectif, dans l'intérêt général de la profession réglementée de pharmacien, de prévenir les litiges". Cela souligne l'importance de la régulation déontologique dans des professions où les interactions entre pairs sont fréquentes.
3. Compatibilité avec le cadre légal : Le Conseil d'État conclut que les règles de non-concurrence "ne méconnaissent pas davantage le droit à l'emploi" et sont conformes aux textes internationaux tels que la Charte sociale européenne, renforçant ainsi leur légitimité et leur application.
En somme, la décision du Conseil d'État affirme la légalité des dispositions contestées en valorisant la nécessité d'équilibrer la liberté d'entreprendre et la protection de la profession, tout en respectant les normes constitutionnelles et internationales.