Résumé de la décision
La décision concerne l'annulation d'un arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, relative à la mise en œuvre de la procédure simplifiée de recouvrement des petites créances par voie électronique. La chambre départementale et régionale des huissiers de justice de Paris conteste cet arrêté, arguant qu'il méconnaît les dispositions légales en ligne avec la responsabilité du système informatique. Cependant, le tribunal a rejeté leur requête, considérant que l'arrêté était légal et que la chambre nationale des huissiers de justice avait un intérêt à son maintien.
Arguments pertinents
1. Compétence pour signer l’arrêté : Le tribunal a confirmé que M. Eric Lucas, secrétaire général du ministère de la justice, avait la compétence pour signer l'arrêté du 3 juin 2016. Il a été jugé qu’en vertu de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005, il pouvait signer "l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité". Ainsi, les modalités techniques établies ne constituaient pas une violation des pouvoirs délégués.
2. Responsabilité de la chambre nationale des huissiers de justice : Le tribunal a statué que les dispositions de l'article 1244-4 du code civil ne s'opposent pas à ce que la responsabilité du système informatique soit placée sous la compétence de la chambre nationale des huissiers de justice. Il a été précisé que cela ne portait pas atteinte à la liberté d’entreprendre en ce sens que les modalités de mise en œuvre visaient à assurer une uniformisation et une sécurité des procédures dématérialisées.
3. Atteinte à la liberté d'entreprendre : Les arguments selon lesquels l'arrêté aurait porté une atteinte disproportionnée à la liberté d'entreprendre ont également été rejetés. Le tribunal a indiqué que le système centralisé avait pour finalité de garantir l'efficacité et la sécurité des échanges, ce qui justifiait l'intervention de la chambre nationale des huissiers de justice dans l’administration de ce système.
Interprétations et citations légales
- Code civil - Article 1244-4 : Cet article introduit la procédure simplifiée de recouvrement des petites créances par un huissier de justice à la demande du créancier : "Cette procédure peut être mise en œuvre par un huissier de justice à la demande du créancier." Le tribunal a interprété cet article comme permettant effectivement l'implication d'une structure centralisée (la chambre nationale des huissiers) dans le cadre de l'administration électronique des procédures.
- Décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005, Article 1 : Le tribunal a souligné que la délégation de signature permettant à des secrétaires généraux de signer des actes en lieu et place du ministre était suffisamment claire pour appuyer la légalité de la signature de l'arrêté par M. Lucas : "A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions (...) peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d’Etat."
- Décret n° 2016-285 du 9 mars 2016, Article 2 : Cet article établit la responsabilité de la chambre nationale pour le système de traitement des informations, montant ainsi les bases de la légalité de l'arrêté et de son implication sur les aspects techniques du recouvrement des petites créances : "Un arrêté du garde des sceaux [...] précise les modalités techniques et les garanties relatives au mode de communication électronique".
En résumé, le tribunal a confirmé la légitimité de l'arrêté contesté, s'appuyant sur divers articles du code civil et des décrets, tout en rejetant les arguments de la chambre départementale et régionale des huissiers de justice de Paris.