Résumé de la décision
La présente décision fait suite à une question prioritaire de constitutionnalité soulevée par un justiciable concernant l'article 80 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971, qui maintient une tarification spécifique des honoraires des avocats dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle. Le Conseil d'État a décidé de renvoyer la question au Conseil constitutionnel, estimant que les dispositions contestées pourraient méconnaître le principe d'égalité, en créant une distinction excessive entre le droit commun et le droit spécifique à ces départements.
Arguments pertinents
1. Constitutionnalité des dispositions: Le Conseil d'État a évalué que l'article 80 de la loi du 31 décembre 1971 et le premier alinéa de son article 10, bien que modifiés par la loi du 6 août 2015, n'avaient pas été déclarés conformes à la Constitution. « Le moyen tiré de ce que les dispositions [...] prévoyant le principe de libre fixation des honoraires de postulation [...] méconnaissent le principe d'égalité soulève une question présentant un caractère sérieux. »
2. Applicabilité des lois: Le juge administratif a observé que les modifications apportées par la loi du 6 août 2015 concernant la fixation libre des honoraires ne s’appliquent pas dans les départements concernés, où le principe de tarification est maintenu. Cela entraîne une disparité dans le traitement des avocats qui exercent dans ces zones géographiques.
Interprétations et citations légales
1. Article 80 de la loi n° 71-1130: Cet article stipule que la loi est applicable aux départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle, mais s'accompagne d'une exception concernant la tarification des honoraires des avocats, alors que l'article 10 de la même loi impose un principe de libre accord entre l'avocat et son client pour la fixation des honoraires. « La présente loi sera applicable dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle, à l'exception du chapitre V de son titre Ier... »
2. Ordonnance n° 58-1067 et article 23-5: Le mécanisme de la question prioritaire de constitutionnalité est encadré par cette ordonnance. Celle-ci élabore les conditions nécessaires pour qu'une question puisse être renvoyée au Conseil constitutionnel, mettant en avant la nécessité que la question soit nouvelle ou présente un caractère sérieux. « [Le moyen] peut être soulevé à l'occasion d'une instance devant le Conseil d'État [...] sous réserve que la question soit nouvelle ou présente un caractère sérieux. »
La décision du Conseil d'État de renvoyer cette question au Conseil constitutionnel souligne l'importance de l'examen de la conformité des lois aux principes de la Constitution, notamment en ce qui concerne l'égalité des droits devant la loi.