Résumé de la décision
La décision en date du 3 février 2017 émanant du Conseil d'État traite d'une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée par M. D... concernant l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme. Cet article stipule qu'un refus de permis de construire ne peut être fondé sur l'irrégularité d'une construction réalisée depuis plus de dix ans, sauf si celle-ci a été effectuée sans permis de construire. M. D... soutenait que cette disposition portait atteinte à son droit de propriété garanti par la Constitution. Le Conseil d'État a jugé que la QPC n'était pas nouvelle et ne présentait pas un caractère sérieux, refusant ainsi de la transmettre au Conseil constitutionnel.
Arguments pertinents
1. Atteinte au droit de propriété : M. D... contestait que l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme porte une atteinte disproportionnée au droit de propriété en privant un propriétaire d'effectuer des modifications sur un bien immobilier, en raison de travaux réalisés sans autorisation, sans qu'il en soit responsable. Le Conseil a noté que cela pouvait limiter le droit de jouir librement de son bien.
2. Justification de l'intérêt général : Le Conseil d'État a affirmé que les restrictions portant sur le droit de propriété dans le domaine de l'urbanisme sont justifiées par l'intérêt général, notamment pour la « maîtrise de l'occupation des sols et du développement urbain ». La législation prévoit des dérogations pour des travaux réalisés il y a plus de dix ans, mais exclut ceux réalisés sans permis, considérés comme plus graves dans leur irrégularité.
3. Absence de caractère sérieux de la QPC : Le Conseil d'État a considéré que la QPC soulevée ne présentait pas de caractère sérieux et a souligné que l'interdiction de bâtir sans permis n'affecte pas le droit de propriété de manière disproportionnée, compte tenu des objectifs d'intérêt public soulignés.
Interprétations et citations légales
1. Code de l'urbanisme - Article L. 111-12 : Cet article stipule que « lorsqu'une construction est achevée depuis plus de dix ans, le refus de permis de construire ou de déclaration de travaux ne peut être fondé sur l'irrégularité de la construction initiale au regard du droit de l'urbanisme. » Cependant, il précise une exception pour les constructions réalisées sans permis, limitant ainsi l'application de la prescription administrative au respect strict des lois d'urbanisme. Cela montre une volonté du législateur de concilier le droit de propriété et l'intégrité des réglementations d'urbanisme.
2. Droit de propriété - Article 2 de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789 : Cet article énonce que le droit de propriété est garanti, ce qui a amené M. D... à soutenir que les dispositions du code portent atteinte à ce droit. Toutefois, la décision souligne que « les restrictions apportées par les dispositions relatives aux règles d'urbanisme aux conditions d'exercice du droit de propriété [...] sont justifiées par l'intérêt général », mettant l'accent sur le besoin de réglementation dans le domaine de l'urbanisme au nom du bien collectif.
En conclusion, le Conseil d'État a affirmé que les dispositions du code de l'urbanisme, en différenciant entre constructions réalisées avec et sans permis de construire, équilibre le droit de propriété avec les exigences de l'aménagement du territoire et ne portent pas atteinte de manière disproportionnée à ce droit.