Résumé de la décision
Dans l'affaire opposant M. C..., notaire à Nancy, à la garde des sceaux, M. C... a demandé l'abrogation des articles 8 et 9 du décret n° 71-942 du 26 novembre 1971, concernant les attributions et la compétence des notaires. Il a saisi le Conseil d'État d'une demande d'annulation pour excès de pouvoir de la décision implicite de refus résultant du silence gardé par l'administration sur sa requête. Le Conseil d'État a confirmé le refus, considérant que la réglementation en vigueur ne méconnaissait pas le principe d'égalité, malgré la différence de traitement entre les Français vivant à l'étranger et ceux vivant en France.
Arguments pertinents
1. Notion de compétence des notaires : Le Conseil d'État a rappelé que, selon l'article 8 du décret n° 71-942, "Les notaires exercent leurs fonctions sur l'ensemble du territoire national, à l'exclusion de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie française et des îles Wallis et Futuna." Ainsi, la limitation de leur compétence, dans le contexte des postes consulaires, est légalement fondée.
2. Différence de traitement : Le Conseil a constaté qu'il existe une "différence de traitement qui en découle par rapport aux Français qui résident sur le territoire national." Toutefois, il a considéré que cela ne violait pas le principe d'égalité puisque cette réglementation s'appliquait à des situations différentes et que la différence était justifiée par l'objectif de garantir l'authenticité des actes.
3. Accès au service public : La Cour a souligné que la situation des Français établis à l’étranger, qui n’ont accès aux services d’un notaire que par les consulats d’Abidjan et de Dakar, ne constitue pas une inégalité au sens de l’égal accès au service public car cette réalité est directement liée à l’objet de la réglementation concernant les actes authentiques.
Interprétations et citations légales
1. Précisions sur les décrets :
- L'article 8 du décret n° 71-942 stipule explicitement que la compétence des notaires est limitée par le périmètre géographique défini. Cette restriction est justifiée par la nécessité de garantir la validité des actes notariés sur l’ensemble du territoire national.
2. Attributions notariales des diplomates :
- Conformément à l'article 1er du décret n° 91-152 du 7 février 1991, seul le ministre des affaires étrangères peut établir par arrêté la liste des postes pouvant exercer des attributions notariales, ce qui renforce la légitimité des décisions administratives dans ce domaine.
3. Principe d'égalité :
- Le Conseil d'État a affirmé que "la différence de traitement ... ne méconnaît, en tout état de cause, pas le principe d'égalité." Cela renvoie à la jurisprudence sur l'égalité d'accès qui est conforme dès lors que les règles appliquées prennent en compte les spécificités des situations.
En somme, la décision du Conseil d'État repose sur une interprétation stricte des textes régissant la compétence des notaires, tout en affirmant la légitimité des différences de traitement établies pour préserver l'authenticité des actes en fonction de leur contexte géographique.