Résumé de la décision
Dans cette affaire, la société Dumez Ile-de-France a contesté une décision de la cour administrative d’appel de Paris qui avait rejeté sa demande en responsabilité quasi-délictuelle envers le département de Paris, mandataire du maître d'ouvrage, pour un préjudice lié à un marché de travaux. Le Conseil d'État a annulé l'arrêt de la cour, affirmant que la société Dumez Ile-de-France pouvait effectivement agir contre le département de Paris, son mandataire, en raison d’une erreur de droit de la cour qui avait considéré à tort que la société ne pouvait poursuivre que sur le fondement de la responsabilité contractuelle liée au marché. La cour a également décidé que le département de Paris devait verser 3 000 euros à Dumez Ile-de-France au titre des frais de justice.
Arguments pertinents
1. Erreur de droit dans l’appréciation de la responsabilité : La cour administrative d'appel a confondu les voies de recours possibles en déclarant que la société Dumez ne pouvait qu'exercer la responsabilité contractuelle du département de Paris. Le Conseil d'État a précisé que, selon les termes de la loi, il est possible pour les constructeurs de rechercher la responsabilité quasi-délictuelle du maître d'ouvrage, indépendamment de leur statut de titulaire du marché.
> "le mandataire du maître d'ouvrage ... n'est pas lui-même partie à ces marchés"
2. Principes de responsabilité : La décision rappelle le principe selon lequel les constructeurs doivent diriger leur action contre le maître d'ouvrage, ce dernier étant seul engagé envers eux pour les préjudices résultant de fautes commises par son mandataire.
> "il appartient aux constructeurs ... de rechercher la responsabilité du maître d'ouvrage ... et non celle de son mandataire"
3. Frais de justice : La cour a conclu que le département de Paris devait verser 3 000 euros à Dumez Ile-de-France, car cette dernière n'était pas la partie perdante dans ce litige.
> "les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la société Dumez Ile-de-France, qui n'est pas la partie perdante, le versement des sommes que demande ... le département de Paris"
Interprétations et citations légales
1. Loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 - Article 3 : Cet article établit que les relations entre le maître d'ouvrage et le mandataire sont régies par un contrat de mandat. Les attributions du mandataire ne le rendent pas responsable envers les tiers, ce qui exclut la possibilité pour les constructeurs de rechercher sa responsabilité à ce titre.
> "le mandataire représente le maître de l'ouvrage ... et n'est pas lui-même partie à ces marchés"
2. Code de justice administrative - Article L. 761-1 : Cet article stipule que la partie qui perd un procès peut être condamnée à payer des frais à la partie gagnante. Dans cette décision, le Conseil d'État précise la nécessité de respecter cet article en exonérant Dumez Ile-de-France du paiement de frais.
> "il y a lieu ... de mettre à la charge du département de Paris le versement d'une somme de 3 000 euros"
Conclusion
La décision du Conseil d'État clarifie les principes régissant la responsabilité dans les relations entre le maître d'ouvrage, son mandataire et les constructeurs. Cette jurisprudence établit clairement que, malgré le caractère contractuel de la relation entre les constructeurs et le maître d'ouvrage, il est toujours possible d'engager la responsabilité quasi-délictuelle du maître d'ouvrage pour des fautes de son mandataire. L’affaire met également en lumière l’importance des dispositions sur les frais de justice, lesquelles protègent les parties gagnantes en leur permettant de récupérer les frais encourus.