Résumé de la décision
La décision porte sur un litige entre Bordeaux Métropole et plusieurs sociétés engagées dans la construction d'un réseau tramway, à la suite de désordres survenus dans un revêtement en dallage de pierres naturelles. Bordeaux Métropole a saisi le tribunal administratif pour engager la responsabilité décennale des constructeurs et la responsabilité contractuelle des maîtres d'œuvre. La cour administrative d'appel a rejeté l'appel de Bordeaux Métropole. Cependant, le Conseil d'État a annulé cet arrêt en ce qu'il concernait la responsabilité contractuelle des maîtres d'œuvre, constatant une erreur de droit en raison d'une insuffisante analyse des obligations de conseil des maîtres d'œuvre.
Arguments pertinents
1. Responsabilité des maîtres d'œuvre: La responsabilité peut être engagée si les maîtres d'œuvre n'ont pas informé le maître d'ouvrage des désordres dont ils avaient connaissance. Cela n'a pas été correctement évalué par la cour d'appel, qui s'est basée uniquement sur le caractère apparent des désordres au moment de la réception des travaux.
- Citation clé : "La responsabilité des maîtres d'œuvre pour manquement à leur devoir de conseil peut être engagée dès lors qu'ils se sont abstenus d'appeler l'attention du maître d'ouvrage sur des désordres affectant l'ouvrage."
2. Erreur de droit: Le Conseil d'État a souligné que la cour d'appel devait vérifier si les maîtres d'œuvre auraient pu détecter ces vices s'ils avaient accompli leur mission selon les règles de l'art, ce qui n’a pas été fait.
- Citation clé : "Alors qu'elle aurait dû aussi vérifier, comme Bordeaux Métropole le lui demandait expressément, si les maîtres d'œuvre auraient pu avoir connaissance de ces vices."
Interprétations et citations légales
1. Responsabilité décennale: La responsabilité décennale repose sur la garantie contre les vices de construction qui compromettent la solidité de l'ouvrage (Code civil - Article 1792).
2. Obligation de conseil: Les maîtres d'œuvre ont une obligation de conseil envers le maître d'ouvrage, qui implique non seulement de signaler les désordres apparents, mais également de s'assurer que l'ouvrage respecte les normes et usages de l'art. En l’espèce, une analyse insuffisante a conduit à une appréciation erronée de leur responsabilité.
- Citation pertinente : "En se fondant, pour écarter la responsabilité contractuelle des maîtres d'œuvre, sur la seule circonstance que les désordres allégués n'avaient pas présenté un caractère apparent lors de la réception des travaux [...] a entaché son arrêt d'erreur de droit."
3. Procédure technique: La décision démontre l'importance d'une évaluation exhaustive lors de la réception de travaux et dans le cadre des responsabilités contractuelles. L'absence d'un tel examen constitue un manquement aux obligations des maîtres d'œuvre.
Le Conseil d'État a donc décidé d’annuler l’arrêt de la cour d’appel en ce qui concerne la responsabilité des maîtres d’œuvre et d’accorder à Bordeaux Métropole une indemnisation au titre des frais de justice.