Résumé de la décision
La cour administrative d'appel de Bordeaux avait annulé l'arrêté du préfet de la Vienne qui rejetait la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A..., un citoyen géorgien gravement malade. Malgré l'avis favorable d'un médecin sur sa prise en charge médicale, le préfet avait enjoint M. A... de quitter le territoire français. Le ministre de l'Intérieur a contesté cette annulation, et le Conseil d'État, statuant sur le pourvoi, a annulé l'arrêt de la cour d'appel, considérant que celle-ci avait commis une erreur de droit en se fondant sur une mention figurant sur les ordonnances de M. A... sans tenir compte d'autres éléments du dossier prouvant l'existence de traitements en Géorgie.
Arguments pertinents
1. Erreur de droit dans l'évaluation des soins en Géorgie : La cour d'appel a conclu que M. A... ne pouvait avoir accès à des soins appropriés en Géorgie, principalement en raison de la mention "non substituable" sur ses ordonnances. Le Conseil d'État a jugé que cette approche était erronée, car "cette indication a pour seul objet d'interdire au pharmacien, pour des raisons médicales, de substituer à la spécialité prescrite une autre spécialité du même groupe générique."
2. Obligation de preuve par l'administration : Il appartient à l'autorité administrative de fournir des preuves que des traitements médicaux adéquats existent dans le pays d'origine de l'individu avant de rendre une décision d'éloignement. En l'espèce, le préfet avait produit plusieurs documents attestant l'existence de traitements de substitution aux opiacés en Géorgie, ce qui a été négligé par la cour.
Interprétations et citations légales
1. Sur la délivrance de la carte de séjour :
- Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile - Article L. 313-11 : Cet article stipule que la carte de séjour temporaire est délivrée de plein droit à tout étranger dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale, à condition qu'il n'existe pas de traitement approprié dans le pays d'origine. Cela souligne le devoir de l'administration de vérifier les possibilités de traitement avant d'émettre une décision d'éloignement.
2. Sur la vérification des conséquences sanitaires d'un éloignement
- Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile - Article L. 313-11 (suite) : "Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage d'éloigner un étranger du territoire national, de vérifier que cette décision ne peut avoir de conséquences exceptionnelles sur l'état de santé de l'intéressé." Cette exigence met en exergue la nécessité d'une analyse approfondie des conséquences sanitaires, accentuant les obligations de l'État envers les étrangers en situation médicale précaire.
Conclusion
Le Conseil d'État a finalement statué en faveur du ministre de l'Intérieur, annulant la décision de la cour d'appel de Bordeaux. Cette décision met en lumière les obligations de l'administration en matière de santé publique, en soulignant la nécessité de preuves quant à l'adéquation des soins disponibles dans le pays d'origine de l'étranger solliciteur. Le rejet des conclusions de M. A... concernant l'article L. 761-1 du code de justice administrative correspond à la position selon laquelle l'État n'a pas été considéré comme partie perdante dans ce litige.