Résumé de la décision
La décision concerne un litige entre la société Iveco France et la structure intégrée du maintien en condition opérationnelle (Simmad) du ministère de la Défense suite à la résiliation d'un marché public pour l'acquisition de véhicules de dégivrage et d'antigivrage. Le marché a été résilié aux torts d'Iveco France, et malgré plusieurs contestations judiciaires de la part d'Iveco concernant la résiliation et le décompte des sommes dues, ses requêtes ont été rejetées par diverses juridictions. Cependant, le Conseil d'État a annulé l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux qui avait déclaré sans objet les demandes d'Iveco, arguant que celle-ci pouvait contester l'irrégularité de la résiliation sans attendre le règlement du nouveau marché. En conséquence, le Conseil d'État a renvoyé l'affaire à la cour administrative d'appel de Bordeaux pour ré-examen et a condamné l'État à verser une somme de 2 000 euros à Iveco France.
Arguments pertinents
1. Droit de contester la résiliation : La décision souligne que "sous réserve que le contentieux soit lié", un cocontractant dont le marché a été résilié peut saisir le juge du contrat pour contester la résiliation et demander le règlement des sommes dues, même si un nouveau marché a été passé. Cela contraste avec la position adoptée par la cour administrative d’appel qui avait jugé que les conclusions étaient sans objet.
2. Droit à un décompte définitif : Le Conseil d'État rappelle que le décompte définitif du marché résilié doit être établi même si la Simmad a notifié un nouveau décompte. La décision met en lumière que la notification d'un nouveau décompte ne préjuge pas de la légitimité du litige sur la résiliation initiale.
Interprétations et citations légales
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Article 37 du CCAG (Cahier des clauses administratives générales)
- Article 37.1 : "La personne publique peut résilier le marché aux torts du titulaire, après mise en demeure restée infructueuse, lorsque : (...) b) Le titulaire ne s'est pas acquitté de ses obligations dans les délais contractuels."Cette disposition sert de fondement à la possibilité de résiliation. Toutefois, elle indique également que cette résiliation peut être contestée, selon le cadre légal défini.
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Article 38 du CCAG
- Article 38.5 : "L'augmentation de dépenses, par rapport au prix du marché, qui résulterait de l'exécution des prestations aux frais et risques du titulaire, est à sa charge ; la diminution de dépenses ne lui profite pas."Cet article précise les conséquences financières d’une résiliation aux torts du titulaire, affirmant que les coûts supplémentaires doivent être supportés par le titulaire, mais cela ne doit pas occulter sa possibilité de contester l’exécution des conditions du marché.
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Article 40.1 du CCAG
- Article 40.1 : "Tout différend entre le titulaire et la personne responsable du marché doit faire l'objet, de la part du titulaire, d'un mémoire de réclamation qui doit être remis à la personne responsable du marché."Cet article met en évidence les procédures à suivre en cas de litige, soulignant que le formalisme nécessaire n’interdit pas à un cocontractant de contester la résiliation pour obtenir des réparations.
Ainsi, la décision du Conseil d'État indique clairement que la procédure de contestation des décisions de résiliation dans le cadre des marchés publics peut être engagée tout en poursuivant d'autres avenues contractuelles, garantissant ainsi la protection des droits des cocontractants.