1. Résumé de la décision
La société Fiscali Conseil a contesté un arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille qui confirmait un jugement rejetant sa demande de décharge de rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) après une vérification de comptabilité. L'administration a soutenu qu'elle ne pouvait pas déduire la TVA sur certaines de ses dépenses en raison de l'exercice d'une activité d'intermédiation bancaire exonérée de TVA. La décision de la haute juridiction a annulé l'arrêt de la cour et renvoyé l'affaire devant celle-ci, en statuant que la cour avait commis une erreur de droit dans l'évaluation de l'accessoire de l'activité de la société. L'État a également été condamné à verser 3 000 euros à la société au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
2. Arguments pertinents
L'arrêt repose sur plusieurs arguments juridiques clés, notamment :
- Erreur de droit : La cour a commis une erreur en considérant que l'activité d'intermédiaire bancaire était un prolongement nécessaire de l'activité taxable de conseil en investissement immobilier. Le Conseil d'État a souligné que la cour doit examiner si l'activité taxable nécessite effectivement l'exercice d'une activité exonérée, ce qui n'a pas été fait. Ce raisonnement sous-tend l'importance de déterminer la nature accessoire d'une activité dans le cadre des règles de la TVA.
- Application de la directive européenne : Le Conseil d'État a appliqué les principes des directives européennes, notamment la directive 77/388/CEE et la directive 2006/112/CE, qui encadrent la déduction de la TVA et le prorata de déduction. En particulier, l'article 17 de la première directive précise que seuls les biens et services utilisés pour des opérations taxées sont déductibles.
3. Interprétations et citations légales
Dans cette décision, plusieurs textes législatifs sont analysés et interprétés. Les principaux articles appliqués sont :
- Directive 77/388/CEE - Article 17 : Cet article stipule que "l'assujetti est autorisé à déduire de la taxe dont il est redevable [...] la taxe sur la valeur ajoutée due ou acquittée" pour les biens et services utilisés pour des opérations taxées. Il précise également que la déduction n'est admise que pour la partie de la TVA proportionnelle aux opérations ouvrant droit à déduction.
- Directive 2006/112/CE - Article 174 : Cet article établit que le prorata de déduction est calculé en fonction des opérations ouvrant droit à déduction et des opérations n'ouvrant pas droit à déduction, en énonçant que pour certaines opérations accessoires, il est fait abstraction du chiffre d'affaires correspondant.
L’interprétation de ces articles par la Cour de justice des Communautés européennes a clarifié que "une activité économique ne saurait être qualifiée d'accessoire si elle constitue le prolongement direct, permanent et nécessaire de l'activité taxable de l'entreprise".
La décision met en avant l’importance d’effectuer une distinction claire entre les activités taxables et non taxables afin de respecter la législation sur la TVA. En conséquence, la société Fiscali Conseil est fondée à demander l'annulation de l'arrêt contesté, illustrant les implications pratiques et juridiques d’une interprétation rigoureuse des dispositions fiscales.