Résumé de la décision
La Société européenne d'expertises techniques (SEET), ayant son siège au Luxembourg, a contesté des impositions supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de TVA suite à une vérification de comptabilité. Ces impositions avaient été notifiées à l'adresse de son établissement stable en France, mais la société soutenait que les avis de mise en recouvrement n'avaient pas été régulièrement notifiés à son siège social. Le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande, mais la cour administrative d'appel de Nancy a également confirmé ce rejet. La SEET s'est alors pourvue en cassation. Le Conseil d'État a constaté une erreur de droit, annulant l'arrêt de la cour et renvoyant l'affaire à la cour administrative d'appel de Nancy, tout en condamnant l'État à verser une somme à la SEET.
Arguments pertinents
1. Absence de notification régulière : La SEET a soutenu que les avis de mise en recouvrement n'ont pas été notifiés conformément aux exigences légales. Cela est particulièrement pertinent sous l'angle de l'article R. 256-6 du livre des procédures fiscales, qui stipule que la notification doit être faite à l'adresse que le redevable a communiquée. La cour a reconnu que l'envoi à l'adresse de l'établissement stable en France ne peut remplacer un envoi à l'adresse du siège, sauf preuve que l'avis ait été effectivement reçu à cette autre adresse.
2. Garantie accordée au contribuable : L'arrêt met en lumière l'importance de la notification régulière comme garantie pour le contribuable. Cette garantie est inscrite dans les textes applicables et vise à assurer le droit à une défense effective lors du recouvrement des impositions.
3. Erreur de droit : Le Conseil d'État a relevé que la cour administrative d'appel a commis une erreur de droit en ne tenant pas compte de l’obligation de notification à l'adresse du siège social, ce qui a conduit à l'annulation de l'arrêt.
Interprétations et citations légales
Article R. 256-6 du Livre des procédures fiscales
- "La notification de l'avis de mise en recouvrement comporte l'envoi au redevable, soit au lieu de son domicile, de sa résidence ou de son siège, soit à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître."
Cet article assure que le contribuable doit recevoir les avis à une adresse qu'il a précisée. En ne respectant pas cette obligation, l'administration fiscale a potentiellement privé la SEET de ses droits de contestation.
Article L. 281 du Livre des procédures fiscales
- "Les contestations relatives au recouvrement des impôts... doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites."
Cet article précise que le contribuable peut contester le recouvrement, et ses modalités incluent la régularité de la notification des avis de mise en recouvrement. Cette possibilité de contestation est essentielle pour protéger les droits du contribuable.
Implications des décisions
L'annulation de l'arrêt de la cour administrative d'appel met en exergue non seulement la nécessité de respecter les procédures de notification, mais également le droit des sociétés étrangères à une défense équitable lorsqu'elles sont assujetties à un fiscalité dans un autre pays. Le Conseil d'État rappelle ainsi l'importance de l'application stricte de la loi fiscale, en renforçant les droits procéduraux des contribuables face à l'administration fiscale. Cela souligne également la prévalence des garanties procédurales dans le droit fiscal français.