Résumé de la décision
La société Le Tanneur et Cie a contesté une décision du ministre des Finances relative à la remise en cause d'un crédit d'impôt recherche pour les années 2005, 2007 et 2008, suite à une vérification de comptabilité. Par un arrêt rendu le 9 avril 2015, la cour administrative d'appel de Versailles a annulé le jugement du tribunal administratif de Paris, confirmant ainsi la décision de l'administration qui avait imposé une cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à la société. Le Tanneur et Cie s'est pourvu en cassation, mais le Conseil d'État a rejeté son pourvoi, considérant que les dépenses engagées par la société ne relevaient pas des activités éligibles pour le crédit d'impôt recherche.
Arguments pertinents
1. Activité industrielle et éligibilité : La cour a affirmé que pour bénéficier du crédit d'impôt recherche, il faut que les dépenses soient liées à l'activité industrielle d'une entreprise. La société Le Tanneur et Cie, bien qu'exerçant dans le secteur du textile, avait engagé ses dépenses dans le cadre de la commercialisation et non de la fabrication, ce qui est incompatible avec les dispositions légales.
- Citation pertinente : "la société requérante ne pouvait bénéficier du crédit d'impôt recherche qu'elles prévoient pour les dépenses liées à l'élaboration de nouvelles collections, sur ce qu'elle avait engagé ces dépenses dans le seul cadre de son activité de commercialisation."
2. Nature des activités entreprises : L'analyse de la cour a mis en exergue la distinction entre les activités de fabrication et de commercialisation, concluant que Les dépenses engagées par la société n'étaient pas réalisées dans le cadre d'une activité industrielle propre, ce qui est une condition sine qua non pour l'octroi du crédit d'impôt.
- Citation pertinente : "la cour administrative d'appel a fait une exacte application des dispositions du h du II de l'article 244 quater B du code général des impôts."
Interprétations et citations légales
La décision repose sur l’interprétation des textes régissant le crédit d'impôt recherche, plus particulièrement:
- Code général des impôts - Article 244 quater B (II, h) : Cet article précise que sont éligibles aux crédits d'impôt recherche « les dépenses liées à l'élaboration de nouvelles collections exposées par les entreprises industrielles du secteur textile-habillement-cuir. ».
Analyse de l'article :
- Les termes « entreprises industrielles » sous-entendent que seules les entreprises engagées dans le processus de production peuvent prétendre à l'aide fiscale. Cela exclut les entités qui ne font que commercialiser des produits fabriqués par d'autres. Cette interprétation souligne l'intention du législateur de soutenir des structures qui combinent conception et fabrication.
- La cour a ainsi considérée que puisqu'une partie significative de l'activité de la société Le Tanneur et Cie était sous-traitée à des tiers, et qu'elle ne réalisait pas ces activités sous son propre label de manière industrielle, elle ne pouvait pas bénéficier du crédit d'impôt.
Cela constitue une application stricte de la législation fiscale qui cherche à favoriser l'innovation au sein du secteur manufacturier, en limitant les avantages fiscaux aux véritables acteurs de production. Cette décision illustre l'importance d'une clarté dans la séparation des activités de production et de commercialisation pour l'éligibilité à de tels crédits d'impôt.