Résumé de la décision
La société Coyote System a saisi le Conseil d'État pour demander l'annulation du décret n° 2022-1119 et de l'arrêté du 3 août 2022 relatifs aux services numériques d'assistance aux déplacements. En parallèle, elle a soulevé une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) concernant l'article L. 1115-8-1 du code des transports, arguant que cet article, en ne définissant pas le champ d'application territorial des obligations imposées aux opérateurs, porte atteinte à la liberté d'entreprendre. Le Conseil d'État a décidé qu'il n'y avait pas lieu de renvoyer cette question au Conseil constitutionnel, considérant que la question soulevée n'était pas nouvelle et ne présentait pas un caractère sérieux.
Arguments pertinents
1. Applicabilité de la disposition contestée : Le Conseil d'État a affirmé que les dispositions de l'article L. 1115-8-1 du code des transports s'appliquent à tous les exploitants de services numériques d'assistance aux déplacements sur le territoire français, indépendamment de leur lieu d'établissement. Cela signifie que la loi encadre effectivement le déploiement de ces services.
2. Incompétence négative : Le grief d'incompétence négative soulevé par Coyote System a été écarté. Le Conseil a précisé que la méconnaissance par le législateur de sa propre compétence ne peut être invoquée que si elle affecte un droit ou une liberté garantis par la Constitution. En l'espèce, les dispositions contestées ne portent pas atteinte à la liberté d'entreprendre.
3. Caractère sérieux de la question : Le Conseil a conclu que la question soulevée par Coyote System n'était pas nouvelle et ne présentait pas un caractère sérieux, ce qui justifie le refus de renvoi au Conseil constitutionnel.
Interprétations et citations légales
1. Article 23-5 de l'ordonnance n° 58-1067 : Cet article stipule que "le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution peut être soulevé à l'occasion d'une instance devant le Conseil d'État". Cela établit le cadre dans lequel une QPC peut être soulevée.
2. Article L. 1115-8-1 du code des transports : Cet article impose aux services numériques d'assistance au déplacement d'informer les utilisateurs sur les impacts environnementaux de leurs déplacements. Il précise que ces services doivent "ne favoriser exclusivement ni l'utilisation du véhicule individuel, ni l'usage massif de voies secondaires non prévues pour un transit intensif". Cela montre que la loi vise à encadrer les pratiques des opérateurs pour des raisons environnementales.
3. Sur la liberté d'entreprendre : Le Conseil d'État a noté que "les dispositions de l'article L. 1115-8-1 du code des transports [...] n'affectent pas par elles-mêmes la liberté d'entreprendre des opérateurs proposant de tels services". Cela souligne que les obligations imposées par la loi ne constituent pas une entrave à l'activité économique des entreprises concernées.
En conclusion, le Conseil d'État a jugé que la question soulevée par Coyote System ne remplissait pas les conditions nécessaires pour un renvoi au Conseil constitutionnel, en raison de son absence de nouveauté et de son manque de sérieux.