Résumé de la décision
La société La Chabanne Project a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Paris pour demander la suspension des décisions du ministre chargé de l'économie qui gelaient ses biens immobiliers. Par une ordonnance du 2 décembre 2022, le juge a rejeté sa demande. La société a alors formé un pourvoi devant le Conseil d'État, demandant l'annulation de cette ordonnance et la suspension des décisions de gel. Le Conseil d'État a finalement décidé de ne pas admettre le pourvoi, considérant que les moyens avancés par la société n'étaient pas suffisants pour justifier une révision de la décision du juge des référés.
Arguments pertinents
1. Méconnaissance des conclusions : La société soutenait que le juge des référés avait mal interprété ses conclusions en considérant qu'elle demandait la suspension de l'inscription de ses biens au fichier immobilier, alors qu'elle sollicitait la suspension des décisions de gel elles-mêmes. Le Conseil d'État a jugé que ce moyen n'était pas suffisant pour admettre le pourvoi.
2. Erreur de droit sur la conséquence du gel : La société a également argué que le juge avait commis une erreur en considérant que le gel de ses avoirs était directement lié à l'inscription d'un de ses associés sur la liste des personnes soumises à des mesures restrictives. Le Conseil d'État a estimé que ce moyen n'était pas fondé.
3. Condition d'urgence : La société a contesté la décision du juge de ne pas présumer la condition d'urgence, arguant que le gel de ses biens portait atteinte à son droit de propriété et à la continuité de son activité. Le Conseil d'État a conclu que les arguments présentés ne justifiaient pas l'admission du pourvoi.
Interprétations et citations légales
1. Article L. 521-1 du code de justice administrative : Cet article stipule que le juge des référés peut suspendre l'exécution d'une décision administrative si son exécution porte une atteinte grave et immédiate à une liberté fondamentale ou à un droit de propriété. La société a soutenu que la mesure de gel portait une atteinte grave à son droit de propriété, mais le Conseil d'État a jugé que cela ne suffisait pas à établir l'urgence requise.
2. Article L. 822-1 du code de justice administrative : Cet article précise que le pourvoi en cassation doit faire l'objet d'une procédure préalable d'admission, et que l'admission peut être refusée si le pourvoi est irrecevable ou non fondé sur un moyen sérieux. Le Conseil d'État a appliqué cette disposition pour rejeter le pourvoi de la société, considérant que les moyens avancés n'étaient pas suffisamment sérieux.
3. Règlement (UE) n° 269/2014 : Ce règlement impose des mesures restrictives à certaines personnes et entités en raison de leur implication dans des actions menaçant l'intégrité territoriale de l'Ukraine. La société a contesté l'application de ces mesures à son égard, mais le Conseil d'État a confirmé que le gel de ses avoirs était justifié par l'inscription de son associé sur la liste des personnes concernées.
En conclusion, le Conseil d'État a rejeté le pourvoi de la société La Chabanne Project, considérant que les arguments présentés ne justifiaient pas une révision de la décision du juge des référés.