Résumé de la décision
L'association CLE Autistes a introduit une requête devant le Conseil d'État afin de suspendre les effets d'un communiqué de presse publié par le ministre des solidarités et de la santé relatif aux mesures de confinement des résidents des établissements médico-sociaux en raison de l'épidémie de Covid-19. Elle a soutenu que ces mesures portaient atteinte à plusieurs droits et libertés, notamment ceux relatifs à la liberté, à l'égalité et au droit à la vie. Le Conseil d'État, après examen, a rejeté cette requête en considérant que le communiqué de presse n'avait pas le caractère d'un acte faisant grief, et donc qu'il n'était pas susceptible de recours.
Arguments pertinents
1. Recommandations vs. Acte faisant grief : Le Conseil d'État a précisé que le communiqué en question consistait en de simples recommandations destinées aux directeurs d'établissements, et non en une décision administrative ayant un effet direct sur les droits des résidents. Il a déclaré : "la secrétaire d'État [...] s'est bornée à énoncer de simples recommandations." Cela souligne la distinction entre des mesures recommandées et des décisions juridiquement contraignantes.
2. Responsabilité des établissements : Selon le Conseil d'État, il appartiendrait aux responsables des établissements médico-sociaux d'appliquer ces recommandations tout en respectant les droits des résidents. Le juge a affirmé que les établissements étaient "responsables de l'ordre et de la sécurité dans les établissements qu'ils dirigent", laissant entendre que toute mesure devait être prise en tenant compte des exigences sanitaires mais aussi des droits des résidents.
3. Irrecevabilité de la requête : En conclusion, le Conseil d'État a déterminé que la requête était irrecevable, car elle portait sur un acte qui ne créait pas de droits ou d'obligations susceptibles de recours. Cela est exprimé dans l'affirmation que le communiqué "ne présente pas le caractère d'un acte faisant grief".
Interprétations et citations légales
L'interprétation des textes de loi a été déterminante dans cette décision, particulièrement en ce qui concerne le cadre des recommandations administratives et le lien avec la protection des droits des résidents des établissements médico-sociaux.
1. Article L. 521-1 du Code de justice administrative : Cet article stipule que le juge des référés peut suspendre une décision administrative si l'urgence le justifie et si un doute sérieux quant à la légalité de la décision est démontré. Dans ce cas, le Conseil d'État a jugé qu'aucun des moyens soulevés par l'association ne créait ce doute : "le juge des référés [...] lorsqu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision".
2. Ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 : Cette ordonnance précise que des décisions peuvent être prises sans audience en raison des circonstances exceptionnelles, comme celle associée à la pandémie. Le Conseil d'État a appliqué cette règle en soulignant le besoin de rapides décisions compte tenu des circonstances actuelles.
Les interprétations faites par le Conseil d'État établissent un cadre qui reconnaît la nécessité de mesures de santé publique tout en mettant en balance les droits individuels, ce qui se traduit dans la décision par le refus de voir les recommandations comme des actes administratifs contraignants.