Résumé de la décision
M. et Mme A... ont saisi le juge des référés du tribunal administratif de Paris afin de demander le rapatriement de leur fille Lydia A... et de ses deux enfants, retenus dans le camp d'Al-Hol, en Syrie. Ils contestent l'ordonnance du juge qui a rejeté leur demande en estimant que celui-ci n'était pas compétent pour traiter une affaire concernant le rapatriement de ressortissants se trouvant à l'étranger et nécessitant des négociations avec des autorités étrangères. Le Conseil d'État a confirmé cette décision et a rejeté la requête des demandeurs.
Arguments pertinents
Le juge des référés a fondé son rejet sur les éléments suivants :
1. Incompétence juridictionnelle : La demande de M. et Mme A... concerne soit une intervention de l'État auprès d'autorités étrangères, soit l'engagement d'actions sur un territoire étranger, ce qui relève de la gestion des relations internationales. Ainsi, "une juridiction n'est pas compétente pour en connaître".
2. Nature des mesures demandées : Les mesures évoquées nécessitent des négociations et des interventions sur un territoire qui n'est pas sous la souveraineté de la France. La décision stipule que le rapatriement ne peut pas être ordonné simplement par la délivrance d'un titre permettant l'entrée en France.
Ces arguments se fondent sur l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qui vise à protéger les libertés fondamentales mais ne peut pas s'appliquer dans un contexte de relations internationales.
Interprétations et citations légales
L'interprétation du texte de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ("Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale...") est essentielle ici. Bien que cet article donne pouvoir au juge des référés d'intervenir pour des atteintes à des libertés fondamentales, cette compétence ne s’étend pas aux demandes relatives aux affaires étrangères, qui sont considérées comme relevant de la souveraineté de l'État.
Les juges doivent équilibrer la protection des droits individuels et la prérogative de l'État dans la conduite de sa politique extérieure. En l'espèce, le Conseil d'État a affirmé que:
- Les "mesures demandées en vue d'un rapatriement... nécessiteraient l'engagement de négociations avec des autorités étrangères", et que de telles questions "ne sont pas détachables de la conduite des relations internationales de la France".
Cette décision souligne la complexité des questions relatives aux droits transnationaux et à l’exercice de la souveraineté d'un État sur son territoire et en dehors de celui-ci.