Résumé de la décision
La décision rendue par la commission nationale de réparation des détentions (CNRD) le 9 juillet 2014 concerne le cas de M. Luis X..., qui a été détenu sous écrou extraditionnel en raison d'une demande d'extradition des autorités de Hong-Kong. Après avoir été libéré suite à une décision de la Cour de cassation, M. X... a sollicité une réparation pour le préjudice subi durant sa détention. Il a également soumis une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) concernant l’article 149 du code de procédure pénale, qui limite le droit à réparation aux personnes bénéficiant d’un non-lieu, d’une relaxe ou d’un acquittement, en ne prévoyant pas d’indemnisation pour les procédures d’extradition déclarées illégales. La commission a décidé qu’il n'y a pas lieu de transmettre cette QPC à la Cour de cassation, estimant qu’elle était dépourvue de caractère sérieux.
Arguments pertinents
1. Droit à un recours effectif : La commission a reconnu que M. X... avait exercé un recours contre la procédure d'extradition, qui a conduit à sa libération, indiquant que ce recours était suffisant pour remettre en cause sa détention. Elle a noté que M. X... pouvait également chercher à engager la responsabilité de l'État en vertu de l'article L. 141-1 du code de l'organisation judiciaire.
> "D'autre part, de la possibilité de rechercher, aux fins d'indemnisation, la responsabilité de l'Etat du fait du fonctionnement défectueux du service de la justice."
2. Absence de droit à réparation de plein droit : La décision souligne qu'aucun principe constitutionnel n'impose l'instauration d'un mécanisme de réparation systématique pour toutes les détentions, ainsi que l'absence d'une règle qui inclurait les détentions sous écrou extraditionnel dans le champ du droit à indemnité.
> "Alors qu'aucun principe constitutionnel n'impose l'instauration d'un régime de réparation de plein droit."
3. Détention arbitraire : Concernant l'articulation entre la détention et la notion de détention arbitraire, la commission a précisé que les dispositions relatives à l'article 149 ne sauraient être interprétées comme violant l’interdiction d'une détention arbitraire.
> "Les dispositions de l'article 149 du code de procédure pénale sont étrangères à la protection de toute personne contre une détention arbitraire interdite par l'article 66 de la Constitution."
Interprétations et citations légales
1. Article 149 du Code de procédure pénale : Cet article établit les conditions dans lesquelles une personne peut demander réparation pour une détention injustifiée, précisant les situations de non-lieu, de relaxe, ou d'acquittement. La commission note que la restriction n’est pas en contradiction avec les exigences constitutionnelles.
> "L'article 149 du code de procédure pénale en tant qu'il limite le droit à réparation de la détention provisoire aux bénéficiaires d'un non-lieu, d'une relaxe ou d'un acquittement..."
2. Article L. 141-1 du Code de l'organisation judiciaire : Permet aux personnes de poursuivre l'État en cas de dysfonctionnement du service de la justice, ce qui n'a pas été envisagé par M. X... pour obtenir réparation.
> "...rechercher, aux fins d'indemnisation, la responsabilité de l'Etat du fait du fonctionnement défectueux du service de la justice."
3. Article 66 de la Constitution et Article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : Bien que ces articles garantissent des protections contre la détention arbitraire et souhaitent garantir un recours effectif, la commission conclut que ces protections n'imposent pas une revalorisation des critères de l'indemnisation dans le cadre des détentions sous écrou extraditionnel.
> "La méconnaissance de l'objectif de valeur constitutionnelle d'accessibilité et d'intelligibilité de la loi ne peut, en elle-même, être invoquée à l'appui d'une question prioritaire de constitutionnalité."
Ainsi, la CNFD a estimé que la question prioritaire de constitutionnalité soumise par M. X... manquait de fondement sérieux, affirmant la légalité et la pertinence des dispositions existantes régissant la procédure de réparation des détentions.