Résumé de la décision
La Cour de cassation, dans son arrêt du 23 novembre 2022, a rejeté le pourvoi formé par la société Desdel contre une décision de la cour d'appel de Paris. Cette dernière avait ordonné, sous astreinte, la restitution au syndicat des copropriétaires d'un ensemble immobilier d'une courette, en imposant à la SCI Desdel la suppression de la partie couverte et de tous les raccordements d'eau existants. Le pourvoi a été jugé non fondé et la société Desdel a été condamnée aux dépens ainsi qu'à régler 3 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile.
Arguments pertinents
1. Sur la preuve de l’usucapion : La société Desdel soutenait que la cour d'appel avait méconnu les principes relatifs à la preuve de l'usucapion en exigeant une corroboration par d'autres pièces du témoignage de M. [G]. La Cour rappelle que « le juge ne peut exiger par avance certains modes de preuve pour fonder sa conviction », se référant aux articles 1358 et 2272 du Code civil, ce qui établit que tous moyens de preuve sont admissibles en matière d'usucapion.
2. Sur la présomption de bonne foi : La cour d'appel a écarté la bonne foi de la SCI Desdel, arguant de son acquisition d'un « débarras » plutôt que d’un logement. Toutefois, selon la défense, la bonne foi de l’acquéreur est présumée et il revient à la partie qui se prétend lésée de prouver la mauvaise foi, ce qui n’a pas été fait en l’espèce.
3. Sur la recherche de la preuve de la bonne foi : La décision a aussi été critiquée pour avoir omis de rechercher si la SCI Desdel pouvait légitimement croire, par rapport à l’acte de vente, qu’elle tenait de son vendeur des droits sur la courette. Cela soulève une question sur la base légale de la décision de la cour d'appel par rapport à l'article 2274 du Code civil.
Interprétations et citations légales
1. Preuve de l’usucapion : L’article 1358 du Code civil stipule que « celui qui réclame l'exécution d'une obligation doit la prouver ». La cour rappelle ici que le juge ne doit pas restreindre les modes de preuve à la seule documentation écrite, en conformité avec l’article 2272 qui permet de prouver l'usucapion par tout moyen.
2. Bonne foi en matière d’usucapion : L’article 2274 du Code civil précise que « la bonne foi est toujours présumée », ce qui établit le fardeau de preuve sur la partie qui conteste cette bonne foi. Par conséquent, la cour d'appel devait justifier l'allégation de mauvaise foi, ce qu’elle n’a pas fait.
3. Motivation des décisions : L’article 455 du Code de procédure civile exige que le jugement indique clairement les éléments de fait et de droit qui fondent la décision. L’affirmation de la cour d'appel quant à la connaissance par la SCI Desdel de l'état des lieux n'est pas accompagnée d’éléments probants, bafouant ainsi l’exigence de motivation.
Ainsi, bien que la Cour de cassation ait rejeté le pourvoi, les points soulevés soulignent d'importantes questions sur l'interprétation des preuves et la procédure d'établissement de la bonne foi en matière d’acquisition immobilière.