Résumé de la décision
La Cour de cassation a été saisie d'un litige entre le syndicat C.F.T.C. du Haut-Rhin et le Comptoir de l'Industrie Cotonnière, suite à un arrêt de travail organisé par le syndicat le 10 novembre 1960 pour revendiquer une augmentation des salaires. La cour d'appel avait condamné le syndicat à réparer le préjudice causé à l'employeur, en se fondant sur le non-respect de la procédure de conciliation préalable prévue par la convention collective nationale de l'industrie textile. La Cour de cassation a annulé cette décision, estimant que la procédure de conciliation n'était pas applicable dans ce cas, car les revendications portaient sur des modifications de la convention collective nationale.
Arguments pertinents
1. Non-respect de la procédure de conciliation : La cour d'appel a fondé sa décision sur le fait que le syndicat n'avait pas respecté l'article 73 de la convention collective, qui impose une procédure de conciliation préalable pour tous les litiges nés de son application. Cependant, la Cour de cassation a souligné que le différend ne concernait pas directement l'application de la convention collective, mais plutôt une revendication générale sur les salaires.
> "Les juges du fond ont relevé que l'arrêt de travail litigieux avait eu pour objet d'appuyer une demande d'augmentation des barèmes de salaires ainsi que de celle des salaires horaires effectifs."
2. Délai de préavis : La cour d'appel a également condamné le syndicat en raison du non-respect d'un délai de préavis de dix jours avant la cessation de travail. La Cour de cassation a noté que, bien qu'il y ait une exigence de délai, un délai bien supérieur à dix jours s'était écoulé depuis la présentation des revendications à l'employeur.
> "Il résulte des constatations de fait des juges du fond, d'une part qu'un délai bien supérieur à dix jours s'était écoulé pour la recherche d'une solution depuis la présentation des revendications à l'employeur."
Interprétations et citations légales
1. Article 73 de la convention collective : Cet article stipule que tous les litiges nés de l'application de la convention doivent être soumis à une commission de conciliation. La Cour de cassation a interprété cet article comme ne s'appliquant pas lorsque les revendications portent sur des modifications générales des salaires, qui dépassent le cadre de la convention collective.
> "Tous les litiges nés à l'occasion de la convention susvisée et qui n'auraient pas été réglés sur le plan de l'entreprise seront soumis, par la partie la plus diligente, à une commission paritaire de conciliation locale, régionale ou de branche."
2. Délai de préavis : Selon le même article, le délai de préavis de dix jours est compté à partir de la saisine de la commission de conciliation de premier échelon. La Cour a relevé que ce délai ne s'appliquait pas de manière stricte dans ce cas, car les employeurs avaient refusé de discuter sur le plan local.
> "Aucune mesure de fermeture d'établissement ou de cessation de travail ne pourra intervenir avant l'expiration d'un délai de dix jours francs permettant la recherche d'une solution."
En conclusion, la décision de la Cour de cassation repose sur une interprétation des textes qui distingue les revendications générales des revendications spécifiques à l'application d'une convention collective, et souligne l'importance du contexte dans lequel ces revendications sont formulées.