Résumé de la décision
Dans l'affaire opposant Dame X..., bailleur, aux consorts Y..., preneurs, la Cour d'appel de Rennes a rendu un arrêt le 9 mai 1961 concernant la révision d'un loyer commercial. Après une révision du loyer de 250.000 à 570.000 francs par une ordonnance du 4 mars 1959, Dame X... a signifié un commandement de payer aux consorts Y... pour un montant de 361.100 francs, représentant le solde des loyers dus. Les juges du fond ont déclaré ce commandement nul, estimant que la loi du 28 décembre 1959 interdisait l'application des paliers de majoration dans les demandes en cours n'ayant pas fait l'objet d'une décision définitive. Le pourvoi formé par Dame X... a été rejeté.
Arguments pertinents
1. Nullité du commandement de payer : La Cour a justifié la nullité du commandement en se fondant sur la loi du 28 décembre 1959, qui stipule que les paliers de majoration ne peuvent être appliqués que si la décision de révision du loyer est définitive et ne tient pas compte de ces paliers. La Cour a affirmé que l'ordonnance du 4 mars 1959, bien qu'elle ait fixé le loyer à 570.000 francs, ne remplissait pas les conditions d'application des majorations.
> "La loi du 28 décembre 1959 prévoit la prise en considération des paliers de majoration aux demandes en cours n'ayant pas fait l'objet d'une décision passée en force de chose jugée."
2. Inapplicabilité des paliers de majoration : La Cour a également souligné que l'ordonnance de révision était devenue définitive, ce qui excluait l'application des paliers semestriels de majoration.
> "Il suffisait que l'ordonnance intervenue sur la demande de révision ait fixé à 570.000 francs le nouveau loyer et que cette ordonnance fût devenue définitive."
Interprétations et citations légales
1. Loi du 28 décembre 1959 : Cette loi est centrale dans la décision, car elle régule les conditions d'application des paliers de majoration des loyers. La Cour a interprété cette loi comme limitant l'application des paliers aux cas où il n'existe pas de décision définitive sur le loyer.
> "La loi du 28 décembre 1959 n'exclut l'application des paliers qu'au cas de décision définitive ayant fixé le loyer sans tenir compte de ceux-ci."
2. Décret du 16 février 1959 : Ce décret a introduit des paliers de majoration qui ont été pris en compte par le juge des loyers dans son ordonnance. La question de savoir si ce décret pouvait s'appliquer à une demande de révision en cours a été soulevée, mais la Cour a conclu que ce point n'avait pas été débattu par les parties, ce qui a conduit à l'absence d'autorité de la chose jugée sur ce motif.
> "Le juge des loyers a 'clairement indiqué' qu'il portait le loyer à 570.000 francs en raison notamment de ce que ledit loyer, révisé à compter du 8 mars 1958, n'atteindrait ce chiffre par suite de l'application du décret qu'en septembre 1959."
Conclusion
La décision de la Cour d'appel de Rennes repose sur une interprétation stricte des lois et décrets régissant la révision des loyers commerciaux, affirmant que les paliers de majoration ne peuvent être appliqués que dans des conditions spécifiques. Le rejet du pourvoi de Dame X... souligne l'importance de la finalité des décisions judiciaires dans le cadre des révisions de loyers.