Résumé de la décision
La Cour de cassation a rejeté le pourvoi formé par Lucien X... contre un arrêt de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence, daté du 25 février 1966. Lucien X... avait été condamné à un mois d'emprisonnement avec sursis et à une amende de 500 francs pour émission d'un chèque sans provision, ainsi qu'à des dommages-intérêts au profit de la partie civile. Le pourvoi contestait la qualification du chèque litigieux et l'absence de preuve d'un prêt consenti par le casino pour permettre au prévenu de jouer.
Arguments pertinents
1. Sur la qualification du chèque : La Cour d'appel a constaté que Lucien X... avait émis un ordre de paiement correspondant à la définition légale d'un chèque, ce qui a été confirmé par la Cour de cassation. L'arrêt a souligné que "les juges du fond ont ainsi constaté l'émission par le prévenu d'un écrit correspondant à la définition légale du chèque", ce qui justifie le rejet du premier moyen de cassation.
2. Sur l'exception de jeu : Concernant le second moyen de cassation, la Cour a rejeté l'exception de jeu en affirmant qu'aucun élément du dossier ne prouvait que l'obligation résultant du chèque était liée à un prêt consenti par le casino pour permettre au prévenu de jouer. L'arrêt a précisé que "pour qu'aucune action ne soit accordée contre le tireur au bénéfice du chèque impayé, il faut que soit rapportée la preuve que les fonds avaient été prêtés à un joueur et qu'ils étaient destinés et avaient effectivement servi à alimenter une partie de jeu".
Interprétations et citations légales
1. Décret-loi du 30 octobre 1935 : Ce texte définit le chèque et encadre son émission. L'article 1er de ce décret-loi stipule que "le chèque est un titre de paiement par lequel une personne donne l'ordre à une banque de payer une somme déterminée à une autre personne". La Cour a confirmé que le chèque en question répondait à cette définition.
2. Code civil - Article 1382 et Article 1965 : Ces articles régissent la responsabilité délictuelle et les exceptions liées aux obligations. L'article 1965 précise que "le bénéficiaire d'un chèque impayé ne peut agir contre le tireur que si les fonds ont été prêtés pour alimenter le jeu". La Cour a souligné que "l'admission d'une exception tirée de l'article 1965 ne peut être fondée sur une présomption", insistant sur la nécessité de prouver que le prêt était destiné à alimenter le jeu.
3. Arrêté du 22 décembre 1954 : Cet arrêté réglemente les jeux dans les casinos. L'article 38 interdit strictement les opérations de prêt d'argent dans les casinos, tandis que l'article 39-III précise que les montants des chèques doivent être remis en billets de banque ou en numéraire, excluant les jetons. La Cour a noté que "la présomption que le casino, qui a escompté un chèque en observant les formalités réglementaires, l'a fait dans le but de permettre la poursuite du jeu par le joueur".
En conclusion, la décision de la Cour de cassation repose sur une interprétation rigoureuse des textes légaux en matière de chèques et de jeux, affirmant la nécessité d'une preuve tangible pour établir un lien entre l'émission du chèque et un prêt consenti par le casino.