Résumé de la décision
Dans l'affaire jointe des pourvois n° 66-11.568 et n° 66-12.621, la Société E. R. V. E. a assigné la compagnie Air France en réparation du préjudice subi en raison du bruit des avions, qui aurait causé une mévente de ses appartements construits près de l'aéroport de Nice-Côte d'Azur. La Cour d'appel a confirmé que la responsabilité d'Air France pouvait être engagée si le dommage causé par le survol excédait les inconvénients normaux du voisinage. Elle a également ordonné une expertise pour déterminer si la Société E. R. V. E. avait pris les précautions nécessaires lors de la construction de son immeuble. Les pourvois ont été rejetés.
Arguments pertinents
1. Responsabilité de plein droit : La Cour a affirmé que l'article 36 du Code de l'aviation civile impose une responsabilité de plein droit à l'exploitant d'un aéronef pour les dommages causés par ses évolutions, indépendamment de toute faute. Cela signifie que même si Air France respectait les règles de navigation, elle pouvait être tenue responsable si le dommage excédait les inconvénients normaux du voisinage.
> "l'article 36 qui institue une responsabilité de plein droit à la charge de l'exploitant pour les dommages causés par l'évolution des aéronefs [...] s'applique indépendamment de toute notion de faute".
2. Précautions à prendre par la victime : La Cour a également souligné que la Société E. R. V. E. avait une obligation de se renseigner sur les conditions d'exploitation de l'aéroport avant de construire. Si elle ne prenait pas les précautions nécessaires, cela pourrait constituer une faute de sa part, susceptible d'exonérer Air France de sa responsabilité.
> "il était de prudence élémentaire, pour la Société E. R. V. E. de se renseigner, avant de construire, sur les conditions d'exploitation contemporaine ou futures normalement prévisibles".
Interprétations et citations légales
1. Code de l'aviation civile - Article 17 : Cet article permet la libre circulation des aéronefs dans l'espace aérien français, mais il est complété par l'article 18, qui ouvre droit à réparation en cas de survol dommageable. Cela signifie que le droit de survol n'est pas absolu et peut donner lieu à des réparations si des nuisances excessives sont prouvées.
> "l'article 18, qui en constitue le complément ouvre droit au propriétaire survolé d'obtenir réparation du préjudice qu'il subit en cas de survol dommageable".
2. Code de l'aviation civile - Article 36 : Cet article établit une responsabilité de plein droit pour l'exploitant de l'aéronef, ce qui signifie que la responsabilité peut être engagée sans qu'il soit nécessaire de prouver une faute.
> "l'article 36 qui fait peser une responsabilité de plein droit sur l'exploitant de l'aéronef [...] ne saurait recevoir application si le vol, non seulement autorisé, mais voulu par le législateur, est régulier et normal".
En conclusion, la décision de la Cour d'appel a été fondée sur une interprétation équilibrée des droits des propriétaires survolés et des obligations des exploitants d'aéronefs, tout en tenant compte des précautions que les victimes doivent raisonnablement prendre pour éviter les nuisances.