Résumé de la décision
Dans cette affaire, le marin Deore, qui avait la qualité de "marin stabilisé" à la Compagnie Maritime des Chargeurs Réunis, a subi un accident de trajet le 3 avril 1963, alors qu'il se rendait à son embarquement au Havre suite à un ordre reçu par télégramme. Cet accident a entraîné une amputation de son pied gauche. Après son décès en 1964, sa veuve, Dame X..., a réclamé des prestations dues à son mari, mais a rencontré des difficultés pour obtenir un règlement amiable de la part des Chargeurs Réunis. La Cour d'appel de Rouen a finalement condamné l'armateur à verser une somme à Dame X..., en considérant que l'accident survenu pendant le trajet était assimilable à un accident professionnel.
Arguments pertinents
1. Assimilation de l'accident à un accident professionnel : La Cour d'appel a correctement appliqué les dispositions des articles 79 du Code du travail maritime et 9 du décret du 17 juin 1938, qui prévoient que les accidents survenant pendant le trajet entre le domicile et le lieu de travail d'un marin sont assimilés à des accidents professionnels. Cela signifie que l'armateur est responsable des conséquences de tels accidents.
2. Service permanent et rappel urgent : La Cour a constaté que Deore était au service permanent des Chargeurs Réunis et qu'il avait été rappelé de manière urgente par un télégramme, ce qui renforce l'idée que l'accident s'est produit dans le cadre de ses obligations professionnelles.
3. Utilisation d'un moyen de transport classique : Le fait que Deore ait utilisé la voie ferrée, moyen de transport habituel pour se rendre à son travail, a également été pris en compte pour établir la responsabilité de l'armateur.
Interprétations et citations légales
La décision repose sur plusieurs textes de loi qui sont interprétés de manière à garantir la protection des marins en cas d'accidents survenant lors de leurs trajets vers le lieu de travail. Les articles pertinents sont :
- Code du travail maritime - Article 79 : Cet article stipule que les accidents survenus aux marins dans l'exercice de leurs fonctions sont considérés comme des accidents professionnels, ce qui implique une obligation d'indemnisation de la part de l'armateur.
- Décret du 17 juin 1938 - Article 9 : Ce décret précise les conditions d'indemnisation des marins en cas d'accidents, renforçant ainsi la responsabilité de l'armateur.
- Loi du 22 septembre 1948 - Article 18 : Cet article complète les dispositions précédentes en élargissant la définition des accidents professionnels pour inclure ceux survenant durant le trajet domicile-travail.
La Cour a donc conclu que l'accident de Deore, survenu alors qu'il était en route pour rejoindre son navire suite à un ordre de son employeur, devait être considéré comme un accident professionnel, et que Dame X... avait droit aux prestations demandées. La décision de la Cour d'appel a été jugée conforme aux textes susmentionnés, et le pourvoi a été rejeté.