Résumé de la décision
Dans cette ordonnance rendue par le Tribunal Judiciaire de Boulogne-sur-Mer, le juge des libertés et de la détention a statué sur la demande de maintien en rétention administrative de Monsieur [T] [L] [N] [D], de nationalité cap-verdienne, qui avait été placé en rétention administrative pour une durée initiale de quarante-huit heures. Le juge a rejeté le recours en annulation de la décision de placement en rétention et a autorisé l'administration à prolonger la rétention pour une durée maximale de vingt-huit jours, soit jusqu'au 27 juin 2024.
Arguments pertinents
1. Sur la violation de l'article 8 de la CEDH : Le juge a souligné que seul le tribunal administratif est compétent pour apprécier une éventuelle violation des droits de l'intéressé au titre de l'article 8 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme (CEDH). Il a noté que, bien que Monsieur [L] [N] [D] ait des enfants en France, il ne résidait pas avec eux et n'avait pas de logement stable, ce qui affaiblit son argumentation. Le juge a déclaré : « Le moyen sera rejeté. »
2. Sur l'assignation à résidence : Le juge a constaté que Monsieur [L] [N] [D] ne justifiait pas d'une adresse fixe et stable, ayant donné une adresse différente de celle de la mère de ses enfants. Il a également noté que l'administration ne pouvait pas envisager une assignation à résidence, car l'intéressé avait clairement exprimé son refus de retourner dans son pays d'origine. Le juge a conclu que « l’administration ne pouvait donc pas envisager une telle perspective. »
3. Sur les garanties de mise à exécution de la mesure de reconduite : Le juge a estimé que Monsieur [L] [N] [D] ne présentait pas de garanties suffisantes pour assurer la mise à exécution de la mesure de reconduite à la frontière, justifiant ainsi la nécessité de mesures de surveillance.
Interprétations et citations légales
1. Compétence du tribunal administratif : Le juge a rappelé que la compétence pour juger d'une éventuelle violation des droits de l'homme appartient au tribunal administratif, en vertu des dispositions du Code de l'Entrée et du Séjour des Étrangers et du Droit d'Asile. Cela souligne la séparation des compétences entre les juridictions.
2. Code de l'Entrée et du Séjour des Étrangers et du Droit d'Asile - Article L.743-24 : Cet article permet au juge des libertés de statuer sur la prolongation de la rétention administrative. Le juge a utilisé cet article pour justifier la prolongation de la rétention, en indiquant que « l’autorité administrative à retenir [...] Monsieur [T] [L] [N] [D] dans les locaux ne relevant pas de l’Administration pénitentiaire pour une prolongation de rétention administrative. »
3. Sur les garanties de mise à exécution : Le juge a fait référence à l'article L.743-9, qui stipule que l'administration doit s'assurer que l'intéressé présente des garanties suffisantes pour la mise à exécution de la mesure de reconduite. Le juge a conclu que « l’intéressé ne présente pas de garanties suffisantes pour la mise à exécution de la mesure de reconduite à la frontière. »
En somme, cette décision illustre l'application des principes de droit administratif et des droits de l'homme dans le cadre des procédures de rétention administrative, tout en soulignant les limites des droits des étrangers en situation irrégulière.