Résumé de la décision
Mme C..., représentée par son avocat, conteste une ordonnance rendue par le juge des référés du tribunal administratif de Marseille qui avait rejeté sa demande d'expertise relative à son état de santé, en lien avec une situation professionnelle difficile dans le cadre d’un litige indemnitaire pour harcèlement moral. Mme C...argue que sa demande d'expertise est justifiée par l'urgence de son état de santé et par des divergences dans les avis médicaux. La cour administrative d'appel, par son ordonnance du 7 septembre 2018, rejette la requête de Mme C..., considérant que l'utilité d'une expertise est contestable puisque plusieurs rapports médicaux convergents établissent déjà un diagnostic sans incohérence significative.
Arguments pertinents
1. Utilité de l'expertise demandée : La cour souligne que le juge des référés doit apprécier l’utilité de la mesure d’expertise demandée, même en cas d'instance principale en cours. Dans cette affaire, plusieurs médecins ont déjà, de manière convergente, noté l'état de santé de Mme C..., notamment son "état anxio-dépressif majeur". Cela diminue l'utilité d'une expertise supplémentaire.
2. Rôle du juge du fond : La cour rappelle que l'appréciation de l’imputabilité de l’état de santé de Mme C...au service appartient aux juges du fond. Elle souligne que les juges du fond disposent de l'office nécessaire pour étudier les éléments probants concernant la situation professionnelle de Mme C...et les effets sur sa santé.
3. Absence de circonstances nouvelles : Il est mentionné que la demande d'expertise ne fait état d'aucune circonstance nouvelle qui rendrait la mesure sollicitée utile et différente de ce que le juge du fond pourrait ordonner.
Interprétations et citations légales
- Article R. 532-1 du Code de justice administrative : Cet article stipule que "le juge des référés peut, sur simple requête, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction". La cour a interprété cet article en concluant que, bien que le juge des référés ait la faculté d’ordonner une expertise, il doit apprécier l’utilité de cette mesure dans le contexte actuel, ce qui a conduit à la décision de refus.
- Article R. 625-1 du Code de justice administrative : Cet article précise que les mesures d'expertise peuvent être ordonnées même si une procédure au fond est en cours. La cour réaffirme que le juge des référés doit évaluer la nécessité des mesures en fonction des éléments fournis, ce qui a conduit à rejeter la demande de Mme C... au regard de l'ensemble des rapports médicaux déjà établis.
- Décision de la cour (CE, 27 novembre 2014, n° 385843 et 385844) : Cette décision rappelle que même avec une procédure principale en cours, le juge des référés doit s'assurer de l'utilité de la demande d'expertise, justifiant ainsi le refus dans le cas de Mme C...où les avis médicaux étaient suffisamment explicites.
Ainsi, cette ordonnance illustre le principe selon lequel la demande d'expertise en référé doit apporter une plus-value par rapport aux éléments déjà disponibles dans le dossier, et souligne le rôle central du juge du fond dans l'évaluation des conséquences et des liens entre la santé et la situation professionnelle.