Résumé de la décision
Mme E... et M. G..., ressortissants nigérians, ont demandé l'asile en France après que M. G... ait déjà sollicité l'asile en Italie. Le préfet du Bas-Rhin a décidé de les transférer vers l'Italie, mais cette décision a été annulée par le tribunal administratif de Strasbourg. Le préfet a fait appel de cette annulation. La cour a constaté que le délai de transfert de six mois, prévu par le règlement (UE) n° 604/2013, avait été interrompu par le recours des requérants, et que ce délai avait expiré sans que le transfert ait été exécuté. Par conséquent, la France est devenue responsable de l'examen de leur demande d'asile, rendant l'appel du préfet sans objet.
Arguments pertinents
1. Interruption du délai de transfert : La cour a souligné que l'introduction d'un recours devant le tribunal administratif interrompt le délai de six mois pour le transfert, comme le stipule l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013. La cour a précisé : « l'introduction d'un recours devant le tribunal administratif contre la décision de transfert a pour effet d'interrompre le délai de six mois ».
2. Caducité de la décision de transfert : La cour a constaté que la décision de transfert était devenue caduque après l'expiration du délai de six mois, ce qui a conduit à la perte d'objet de l'appel du préfet. Elle a affirmé : « Il s'ensuit qu'au 10 novembre 2019, la décision de transfert en litige est devenue caduque et ne pouvait plus être légalement exécutée ».
3. Absence de frais à la charge de l'État : La cour a également rejeté les demandes de remboursement des frais par l'État, en raison de l'aide juridictionnelle totale accordée aux requérants.
Interprétations et citations légales
1. Règlement (UE) n° 604/2013 - Article 29 : Cet article précise que le transfert d'un demandeur d'asile doit être effectué dans un délai de six mois, sauf en cas de circonstances exceptionnelles. La cour a interprété cet article comme établissant un cadre strict pour le transfert, qui peut être interrompu par un recours.
2. Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile - Article L. 742-4 : Cet article permet à un étranger de demander l'annulation d'une décision de transfert dans un délai de quinze jours. La cour a noté que ce recours a pour effet d'interrompre le délai de transfert, ce qui est crucial pour la protection des droits des demandeurs d'asile.
3. Code de justice administrative - Article L. 761-1 : Cet article traite des frais de justice et des conditions dans lesquelles une partie peut demander le remboursement de ses frais. La cour a décidé qu'il n'y avait pas lieu de faire droit à cette demande en raison de l'aide juridictionnelle accordée.
En conclusion, la décision de la cour repose sur une interprétation rigoureuse des délais et des procédures établis par le droit européen et national, garantissant ainsi la protection des droits des demandeurs d'asile tout en respectant les obligations des États membres.