Résumé de la décision
Le 5 février 2020, le garde des sceaux, ministre de la justice, a interjeté appel d'un jugement du tribunal administratif de Montreuil qui avait annulé une décision de licenciement de M. C..., intervenu le 13 septembre 2018, et condamné l'Etat à verser 1 500 euros à M. C... au titre des frais de justice. M. C... avait été successivement recruté, d'abord par contrat à durée déterminée (CDD) avec une période d'essai de six jours, puis par un second CDD d'un an avec une période d'essai d'un mois. La cour a confirmé le jugement du tribunal administratif, concluant que le licenciement était illégal car il n'avait pas été précédé d'un entretien et ne précisait pas le motif.
Arguments pertinents
1. Période d'essai : La cour a rappelé que, selon l'article 9 du décret du 17 janvier 1986, une période d'essai ne peut être incluse dans un contrat que si celui-ci ne concerne pas le même agent pour les mêmes fonctions dans la même administration. Le second contrat signé avec M. C... a été jugé comme ne pouvant légalement comporter de période d'essai en raison du caractère continu des fonctions occupées.
> "Aucune période d'essai ne peut être prévue lorsqu'un nouveau contrat est conclu ou renouvelé par une même autorité administrative avec un même agent pour exercer les mêmes fonctions que celles prévues par le précédent contrat." (Décret n° 86-83 - Article 9)
2. Entretien préalable : La cour a également observé que le licenciement de M. C... n'a pas été précédé d'un entretien préalable, ce qui est requis par l'article 47 du même décret, empêchant ainsi la régularité du licenciement.
> "Le licenciement ne peut intervenir qu'à l'issue d'un entretien préalable." (Décret n° 86-83 - Article 47)
3. Motivation du licenciement : En outre, la décision de licenciement ne précisait pas les motifs, ce qui contrevient à l'article 45-7.
> "L'administration notifie à l'agent la décision de licenciement… Cette notification précise le motif du licenciement, ainsi que la date à laquelle celui-ci doit intervenir." (Décret n° 86-83 - Article 45-7)
Interprétations et citations légales
1. Interprétation des contrats : La cour a interprété que, même si les contrats s'appuyaient sur des bases légales différentes, le fait qu'ils aient été conclus successivement entre les mêmes parties pour des fonctions identiques empêchait l'application d'une nouvelle période d'essai. Cela souligne l’importance de la continuité des fonctions et des contrats dans le cadre administratif. La législation ne prend pas en compte la nature du fondement légal dans ce contexte.
2. Procédures de licenciement : L'absence d'entretien préalable et de motivation dans la notification du licenciement a été l'un des principaux fondements de l'annulation par la cour. Ces procédures visent à protéger les droits des agents en garantissant une certaine forme de justification et la possibilité de défense. Le non-respect de cette procédure a conduit à un avis selon lequel le licenciement était illégal:
> "Or le ministre ne conteste pas que cette décision… n'a été précédée d'aucun entretien régulier de licenciement et… ne précise pas le motif de ce dernier."
Conclusion
La cour a ainsi refusé de donner suite à la requête du garde des sceaux, affirmant que le jugement du tribunal administratif avait correctement appliqué les règles de droit en matière de contrat à durée déterminée et de licenciement, garantissant ainsi la protection des droits des agents publics. Le retour à un cadre de légalité et le respect des procédures administratives se sont révélés essentiels pour la protection des droits individuels au sein de l'administration.