Résumé de la décision
La société Viagogo Entertainment Inc. a soulevé une question prioritaire de constitutionnalité concernant l'article 1er de la loi du 27 juin 1919 portant répression du trafic des billets de théâtre, qui interdit la vente de billets à un prix supérieur à celui affiché dans les théâtres et concerts subventionnés. Le Conseil d'État, après avoir analysé les arguments, a décidé qu'il n'y avait pas lieu de renvoyer la question au Conseil constitutionnel, concluant que la question soulevée ne présentait pas un caractère sérieux et n'était pas nouvelle.
Arguments pertinents
1. Applicabilité de l'article 1er de la loi de 1919 : Le Conseil d'État a affirmé que l'interdiction de la revente de billets à un prix supérieur n'est pas seulement liée aux théâtres nationaux, mais s'applique à tous les spectacles bénéficiant d'aides publiques. Cela est souligné par la volonté de garantir l'accessibilité à la culture, comme le précise la décision : « Ces dispositions [...] ont pour objet de garantir le bon emploi des deniers publics ainsi que l'accès du plus grand nombre aux manifestations culturelles ».
2. Limitations à la liberté d'entreprendre : La décision insiste sur le fait que le législateur peut imposer des restrictions à la liberté d'entreprendre pour des raisons d'intérêt général. Le Conseil a conclu que les limites imposées par la loi ne représentent pas une atteinte disproportionnée vis-à-vis de l'objectif de lutte contre la revente abusive : « Compte tenu des objectifs d'intérêt général poursuivis [...] le grief tiré de ce que [la loi] porterait une atteinte excessive à la liberté d'entreprendre [...] ne peut être regardé comme sérieux ».
3. Caractère sérieux de la question soulevée : Le Conseil d'État a noté que la question de constitutionnalité soulevée par Viagogo n'était pas nouvelle et n'impliquait pas de changement de circonstances, rendant la demande de renvoi infondée : « Il résulte de ce qui précède que la question soulevée, qui n'est pas nouvelle, ne présente pas de caractère sérieux ».
Interprétations et citations légales
- Ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 - Article 23-4 : Cet article stipule que le Conseil constitutionnel peut être saisi de questions de conformité à la Constitution, sous certaines conditions, notamment que la question soit nouvelle ou présente un caractère sérieux.
- Loi du 27 juin 1919 - Article 1er : Cet article précise que « Toute personne convaincue d'avoir vendu ou cédé, d'avoir tenté de vendre ou céder, à un prix supérieur à celui fixé et affiché dans les théâtres et concerts subventionnés [...] sera punie d'une amende ». La loi vise à prévenir la hausse artificielle des prix, garantissant ainsi l’accès à la culture.
- Déclaration des droits de l'homme et du citoyen - Article 8 : Ce texte établit que la légalité des délits et des peines doit être respectée, mais le Conseil a jugé que la loi de 1919 respecte cette exigence, car elle vise un intérêt général et ne sanctionne que la vente à un prix supérieur à la valeur faciale des billets.
Ainsi, la décision conclut que la loi de 1919 est justifiée pour des objectifs d'intérêt public et que sa mise en œuvre ne viole pas les droits constitutionnels en matière de liberté d'entreprendre et de légalité des délits.