Résumé de la décision
La décision concerne une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée par La Quadrature du Net et d'autres associations concernant les trois derniers alinéas de l'article L. 331-21 du code de la propriété intellectuelle. Ces dispositions permettent à la Haute Autorité, par l'intermédiaire de ses agents assermentés, d'accéder à des données personnelles sans garanties jugées suffisantes en matière de respect de la vie privée, de protection des données personnelles et du secret des correspondances, selon les requérants. Le Conseil d'État a conclu qu'il convenait de renvoyer la question au Conseil constitutionnel, car un changement de circonstances juridiques pourrait justifier une nouvelle évaluation de la conformité des dispositions litigieuses aux droits et libertés garantis par la Constitution.
Arguments pertinents
1. Applicabilité et changement de circonstances : Les dispositions contestées de l'article L. 331-21 du code de la propriété intellectuelle sont applicables au litige actuel. Bien que conforme à la Constitution dans une décision antérieure (n° 2009-580 DC), deux décisions ultérieures (n° 2015-715 DC et n° 2017-646/647 QPC) ont introduit des changements significatifs dans le cadre légal qui justifient une nouvelle évaluation.
2. Droit au respect de la vie privée : Les requérants soutiennent que les dispositions en question portent atteinte au droit au respect de la vie privée et à la protection des données personnelles, sans garanties adéquates pour concilier ce droit avec la protection des droits d'auteur. Cela soulève la question de la proportionnalité de l'intervention de la Haute Autorité.
Citation pertinente : "Les dispositions en question... méconnaissent le droit au respect de la vie privée, le droit à la protection des données à caractère personnel et le secret des correspondances... "
Interprétations et citations légales
Dans la décision, plusieurs articles de loi et décisions précédents ont été analysés :
1. Ordonnance n° 58-1067 - Article 23-5 : Cet article stipule que le Conseil constitutionnel peut être saisi de la constitutionnalité d'une disposition législative applicable à un litige si elle n'a pas déjà été déclarée conforme à la Constitution, sauf changement des circonstances.
2. Code de la propriété intellectuelle - Article L. 331-21 : Ce dernier permet aux agents de la Haute Autorité d'obtenir des données personnelles pour l'exercice de leurs fonctions liées à la protection des droits d'auteur. Le texte précise que, bien que habilités, ces agents doivent respecter les procédures définissant l'accès aux secrets protégés.
3. Déclarations des droits de l'homme : Les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen sont mentionnés pour appuyer l'argument selon lequel les droits individuels à la vie privée et à la protection des données doivent être équilibrés avec la protection des droits d'auteur.
Citations directes des articles :
- Ordonnance n° 58-1067 - Article 23-5 : "Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution peut être soulevé (...) à l'occasion d'une instance devant le Conseil d'Etat."
- Code de la propriété intellectuelle - Article L. 331-21 : "Ils peuvent, pour les nécessités de la procédure, obtenir tous documents... y compris les données conservées et traitées par les opérateurs de communications électroniques."
En somme, la décision met en lumière une tension potentielle entre la protection des droits d'auteur et la protection des données personnelles, et souligne l'importance des garanties nécessaires lorsque l'on accède à des informations sensibles.