Résumé de la décision
M. F...E..., un ressortissant comorien vivant à Mayotte en situation irrégulière, a contesté un arrêté de reconduite à la frontière pris à son encontre en raison de son droit à mener une vie familiale normale. Il a demandé la suspension de cet arrêté sur la base de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, arguant que l'arrêté portait atteinte à son droit à la vie familiale, ainsi qu'à l'intérêt supérieur de l'enfant, protégé par des conventions internationales. Par une ordonnance du 28 janvier 2019, le juge des référés du tribunal administratif a rejeté sa demande, considérant qu'il ne justifiait pas d'une vie familiale stable avec les mères de ses enfants. En appel, le tribunal a confirmé ce rejet, considérant que M. E... ne produisait pas d'éléments substantiels permettant de contredire cette évaluation.
Arguments pertinents
1. Absence de vie familiale stable : Le juge a estimé que M. E... ne pouvait pas démontrer l'existence d'une vie familiale suffisamment stable et intense. En effet, il n'était pas établi que M. E... ait une résidence commune avec la mère de sa fille, et des adresses différentes avaient été utilisées pour des démarches administratives.
2. Inadéquation des pièces présentées : Les éléments fournis par M. E..., tels que des factures d'achat de biens ou services, étaient insuffisants pour qualifier une vie familiale épanouie. Le juge a conclu que ces preuves ne suffisaient pas à caractériser une vie familiale normale et respectueuse de l'intérêt supérieur de ses enfants.
3. Caractère manifestement illégal de l'atteinte : En définitive, la décision du juge des référés est restée intacte, qualifiant l'atteinte aux libertés fondamentales de M. E... comme ne constituant pas une atteinte grave et manifestement illégale.
Interprétations et citations légales
Dans cette décision, plusieurs textes de loi ont été appliqués concernant le droit à la vie familiale :
- Code de justice administrative - Article L. 521-2 : Il stipule que "Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale". Cependant, pour que la suspension soit acceptée, il incombe au demandeur de prouver l'atteinte grave et manifestement illégale à ses libertés fondamentales, ce qui n'a pas été démontré dans ce cas.
- Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme - Article 8 : Cet article garantit le droit au respect de la vie familiale et prive les États de l'autorité de porter atteinte à ce droit, sauf si cette atteinte est prévue par la loi et "est nécessaire dans une société démocratique".
- Convention internationale relative aux droits de l'enfant - Article 3-1 : Cette disposition demande que l'intérêt supérieur de l'enfant soit une considération primordiale dans toutes les décisions la concernant. Le tribunal a appliqué cette norme tout en constatant que M. E... n'avait pas démontré l'existence d'une relation suffisante et stable pour entrer en considération sous cet angle.
Ces articles illustrent le cadre juridique complexe et l'exigence de preuves tangibles que doit apporter un demandeur pour établir une demande de protection de ses libertés fondamentales. Dans ce cas, le tribunal a clairement établi que l'absence de preuves substantielles conduisait à un rejet de la requête.