Résumé de la décision
La décision porte sur une question prioritaire de constitutionnalité soulevée par la ville de Paris concernant la conformité à la Constitution de certaines dispositions du code du travail relatives à la dérogation au repos dominical. L’article L. 3132-26 du code du travail autorise le maire, après avis du conseil municipal, à supprimer le repos hebdomadaire durant un nombre déterminé de dimanches. À Paris, cette compétence est dévolue au préfet. La ville de Paris conteste la constitutionnalité du dernier alinéa de cet article ainsi que de certains mots de l'article 257 de la loi du 6 août 2015, en alléguant une atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution, notamment le principe d’égalité et la libre administration des collectivités territoriales. Le tribunal administratif de Paris, saisie pour statuer, a décidé de renvoyer la question au Conseil constitutionnel.
Arguments pertinents
1. Applicabilité au litige : Les dispositions contestées sont applicables au litige dont est saisi le tribunal administratif, ce qui ouvre la voie à la question prioritaire de constitutionnalité.
2. Absence de décision antérieure : Il n'existe pas de décision antérieure du Conseil constitutionnel déclarant conformes ces dispositions à la Constitution.
3. Caractère sérieux de la question : La ville de Paris soulève une atteinte potentielle aux droits constitutionnels, notamment en matière d'égalité entre collectivités territoriales et de libre administration. Le tribunal a noté que cela soulève une question sérieuse, justifiant de la porter devant le Conseil constitutionnel.
Comme l'indique le jugement : "le moyen tiré de ce qu'elles portent atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution, et notamment au principe d’égalité entre collectivités territoriales et au principe de libre administration des collectivités territoriales, soulève une question présentant un caractère sérieux."
Interprétations et citations légales
1. Application des dispositions : L'article L. 3132-26 du code du travail encadre les conditions de dérogation au repos dominical. Le dernier alinéa précise que "A Paris, la décision mentionnée aux trois premiers alinéas est prise par le préfet de Paris", ce qui introduit une distinction entre Paris et d'autres communes, ce qui pourrait être perçu comme une atteinte au principe d'égalité.
2. Cadre légal élargi : En vertu du III de l'article 257 de la loi n° 2015-990 du 6 août 2015, ces dispositions sont d’application spécifique pour l’année suivant la publication de la loi, précisant que "pour l’année au cours de laquelle la présente loi est publiée, le maire ou, à Paris, le préfet peut désigner neuf dimanches durant lesquels, dans les établissements de commerce de détail, le repos hebdomadaire est supprimé". Cette dérogation à la norme générale suscite des questionnements sur la libre administration des collectivités territoriales.
En somme, cette décision du tribunal administratif de Paris met en lumière des enjeux juridiques sur la disponibilité du repos dominical, ainsi que les prérogatives des autorités en matière d’administration locale, et elle appelle à une clarification par le Conseil constitutionnel.