Résumé de la décision
La décision rendue par le Conseil d'État concerne une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée par la société Famille A...B... et la société Vincent A...investissements. Ces sociétés ont contesté la conformité à la Constitution des dispositions du II de l'article L. 611-2 du code de commerce, qui autorisent le président du tribunal de commerce à convoquer les dirigeants d'une société en difficulté et à obtenir des informations sur la situation économique de l'entreprise. Le Conseil d'État a décidé de renvoyer la question au Conseil constitutionnel, estimant que le moyen soulevé présentait un caractère sérieux, tout en mettant en suspens la procédure jusqu'à la décision du Conseil constitutionnel.
Arguments pertinents
1. Applicabilité et conformité des dispositions : Le Conseil d'État a constaté que les dispositions du II de l'article L. 611-2 du code de commerce étaient applicables au litige et qu'elles n'avaient pas été antérieurement déclarées conformes par le Conseil constitutionnel. Cela confirme le cadre légal dans lequel la QPC pourrait être examinée.
2. Caractère sérieux de la question soulevée : Le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'impartialité des juridictions, dû à l'absence de garanties appropriées concernant la saisine d'office du président du tribunal de commerce, a été jugé comme présentant un caractère sérieux. Le Conseil d'État cite le principe d'impartialité, prévu à l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, soutenant ainsi la nécessité d'une évaluation approfondie par le Conseil constitutionnel.
Interprétations et citations légales
Interprétation des textes de loi :
- Code de commerce - Article L. 611-2 : Cet article permet au président du tribunal de commerce de convoquer les dirigeants d'une entreprise en difficulté économique et de s'adresser à diverses entités pour obtenir des informations. L'interprétation de cet article soulève la question de la protection des droits des dirigeants et de l'impartialité du tribunal dans ces procédures. En effet, le II de cet article stipule :
> "Lorsque les dirigeants d'une société commerciale ne procèdent pas au dépôt des comptes annuels dans les délais prévus par les textes applicables, le président du tribunal peut leur adresser une injonction de le faire à bref délai sous astreinte."
Ce passage soulève des inquiétudes quant aux risques potentiels de préjugés dans le traitement des entreprises par le tribunal.
- Ordonnance du 7 novembre 1958 - Article 23-5 : Cet article encadre le renvoi au Conseil constitutionnel pour les questions de constitutionnalité, précisant que la QPC doit être nouvelle ou sérieuse et applicable au litige. La décision du Conseil d'État d'interroger le Conseil constitutionnel respecte cette procédure, ce qui est crucial pour garantir que les questions de conformité à la Constitution soient correctement examinées.
En conclusion, le Conseil d'État a agi conformément aux procédures légales en matière de QPC, tout en se montrant attentif à la garantie d'impartialité des juridictions, ce qui est fondamental pour le respect des droits des entreprises dans les situations de difficulté économique.