Résumé de la décision
La présente décision du Conseil d'État concerne un pourvoi du ministre des finances et des comptes publics contre un jugement du tribunal administratif de Nîmes ayant déclaré prescrite une action de recouvrement d'impositions de taxe professionnelle contre Mme D... pour l'année 1998. Le ministre soutient que la notification d'avis à tiers détenteur, datée du 7 avril 2003, devrait interrompre le cours de la prescription. Par ailleurs, Mme D... présente un pourvoi incident après la date limite pour contester l'article 2 du jugement. Le Conseil d'État a rejeté les deux pourvois, confirmant la prescription pour les impositions contestées et déclarant le pourvoi incident de Mme D... irrecevable.
Arguments pertinents
1. Rejet du pourvoi du ministre : Le Conseil d'État indique que la pièce introduite pour la première fois en cassation - l'enveloppe contenant la lettre de notification - ne peut pas servir à critiquer le jugement initial. Il rappelle que la possibilité d'interrompre la prescription doit être fondée sur des éléments examinés par le tribunal administratif. Il déclare :
"Une telle pièce produite pour la première fois en cassation ne peut en tout état de cause permettre au ministre requérant de critiquer utilement le jugement."
2. Irrecevabilité du pourvoi incident de Mme D... : Mme D... a enregistré, hors délai, des conclusions demandant le dégrèvement des impositions mentionnées. Le Conseil d'État souligne que cette demande, qui n’a pas été présentée par avocat, n’est pas recevable, en raison de l’obligation de représentation par avocat au Conseil d'État qui était précisée dans la notification de jugement. Il s'exprime ainsi :
"Ces conclusions, qui n'ont pas été présentées par ministère d'avocat au Conseil d'État, ne sont pas recevables."
Interprétations et citations légales
1. Prescription des impositions (Code général des impôts - Article L 169) : Selon cet article, le droit de l'administration fiscale de recouvrer les impositions se prescrit par trois ans. La décision clarifie que la notification pertinente pour le cours de la prescription doit avoir été examinée par le tribunal, ce qui n'est pas le cas ici, car le ministre a présenté une nouvelle preuve en cassation.
2. Obligation de ministère d'avocat (Code de justice administrative - Article R 431-1) : Cet article stipule que, devant le Conseil d'État, l'intervention d'un avocat est obligatoire. Cela entraine l'irrecevabilité du pourvoi incident de Mme D..., car elle a déposé ses conclusions sans l’assistance d’un avocat, et ce malgré la mention explicite de cette obligation dans la notification du jugement.
En conclusion, le Conseil d'État voit ses décisions fondées sur la préservation des principes de droit, notamment la présomption de connaissance des actes judiciaires par les parties et le respect des délais et des formalités prescrites pour les recours.