Résumé de la décision
La décision concerne le licenciement de Mme A..., salariée de la société Brocéliande-ALH, qui avait été déclarée inapte par le médecin du travail à reprendre son poste mais apte à d'autres tâches dans le groupe Cooperl Arc Atlantique. La cour administrative d'appel de Nantes avait précédemment rejeté la demande d'annulation de l'autorisation de licenciement obtenue par l'employeur après que Mme A... ait refusé une trentaine de postes différents proposés. Toutefois, le Conseil d'État a annulé cet arrêt, considérant que l'employeur n'avait pas satisfait à son obligation de reclassement conformément aux dispositions légales. La société Brocéliande-ALH a également été condamnée à verser une somme de 3 500 euros à Mme A... au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Arguments pertinents
1. Sur l'obligation de reclassement de l'employeur : Le Conseil d'État a précisé que l'employeur n'améliorait son obligation de reclassement que par la simple proposition d'un emploi compatible avec les préconisations du médecin du travail. Il est en effet requis que l'employeur mène une recherche sérieuse de reclassement, comme l'indiquent clairement les dispositions de l'article L. 1226-2 du Code du travail. Le juge a statué : « il appartenait d'apprécier, au vu des éléments qui lui étaient soumis, si les postes proposés à Mme A... étaient... de nature à caractériser une recherche sérieuse de reclassement ».
2. Sur la protection des salariés : Le Conseil d'État a rappelé que les salariés protégés, comme Mme A..., bénéficient d'une protection exceptionnelle qui doit être strictement respectée lors de tout licenciement. Le licenciement motivé par l'inaptitude physique d'un salarié protégé implique des exigences particulières qui vont au-delà de la simple proposition d'un emploi : « il appartient à l'administration de s'assurer... que l'employeur a... cherché à reclasser le salarié sur d'autres postes appropriés à ses capacités ».
Interprétations et citations légales
Les textes de lois appliqués dans la décision ont été interprétés pour clarifier les obligations de l'employeur en matière de licenciement pour inaptitude. Voici les principales dispositions pertinentes :
- Code du travail - Article L. 1226-2 : Ce texte stipule que lorsque le salarié est déclaré inapte par le médecin du travail, l'employeur doit lui proposer un autre emploi approprié. Il ne suffit pas que l'employeur ait fait une proposition ; il doit démontrer qu’il a exploré toutes les possibilités au sein de l'entreprise et du groupe avant de recourir au licenciement. Les conditions énoncées par cet article imposent une vérification de la recherche de reclassement, même dans un cadre plus large que l'entreprise d'origine.
- Code de justice administrative - Article L. 761-1 : Cet article prévoit que la partie perdante dans un litige administratif peut être condamnée à verser une somme au titre des frais engagés. Dans ce cas, la cour a statué que, les conclusions de la société Brocéliande-ALH étaient rejetées étant donné qu'elle n'était pas la partie perdante : « les dispositions de l'article L. 761-1... font obstacle à ce que soit mis à la charge de Mme A... le versement de la somme que demande à ce titre la société Brocéliande-ALH ».
Cette interprétation renforce l'idée que la protection des salariés en situation de licenciement pour inaptitude doit être rigoureusement appliquée, en particulier pour ceux bénéficiant d'une protection spécifique due à leurs fonctions représentatives.