Résumé de la décision
La décision examine une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée par l'association des experts agréés et des intervenants auprès des CHSCT, concernant l'article L. 2315-85 du code du travail. Les requérants soutenaient que cet article, qui impose un délai maximal pour la remise des rapports d'expertise, portait atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution, en entravant la participation des travailleurs à la détermination de leurs conditions de travail et leur droit à la protection de la santé. Le Conseil d'État a conclu que la QPC ne présentait pas un caractère sérieux et a décidé qu'il n'y avait pas lieu de renvoyer la question au Conseil constitutionnel.
Arguments pertinents
1. Délai d'exécution d'expertise :
- Le législateur a implanté un délai maximal pour chaque type d'expertise dans les entreprises de plus de cinquante salariés. Cependant, cela ne prive pas les salariés des informations nécessaires à leur participation.
- Citation : "le principe d'introduction d'un délai pour l'exécution d'une expertise ne saurait, par lui-même, avoir pour effet de priver les salariés et leurs représentants des informations nécessaires".
2. Protection des droits des travailleurs :
- Les droits des travailleurs à la participation et à la protection de la santé ne sont pas compromis par la disposition législative contestée.
- Citation : "il n'a pas davantage, par lui-même, pour effet de porter atteinte au droit des salariés à la protection de leur santé".
3. Caractère non sérieux de la question :
- La question posée n'est pas nouvelle et ne présente pas de caractère sérieux, ce qui motive le rejet de la demande de renvoi au Conseil constitutionnel.
- Citation : "la question soulevée [...] ne présente pas un caractère sérieux".
Interprétations et citations légales
1. Constitution - Article 61-1 :
- Cet article permet à la juridiction compétente de soulever une QPC lorsqu'il est soutenu qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution.
2. Ordonnance n° 58-1067 - Article 23-5 :
- Cet article stipule que le moyen tiré d'une atteinte aux droits garantis par la Constitution peut être soulevé devant le Conseil d'État, établissant ainsi le cadre juridique pour la QPC.
3. Code du Travail - Article L. 2315-85 :
- Les dispositions relatives aux délais d'expertise prévoient qu'un décret en Conseil d'État définira le délai maximal pour la remise d'un rapport d'expertise, impliquant un cadre normatif pour la gestion de l'expertise des CHSCT.
4. Préambule de la Constitution de 1946 - 8ème alinéa :
- Cette disposition souligne l'importance de la participation des travailleurs à leur conditions de travail via leurs représentants. Cela est fondamental pour évaluer les effets d'un délai d'expertise sur cette participation.
5. Préambule de la Constitution de 1946 - 11ème alinéa :
- Cet alinéa met en avant la garantie par la nation de la protection de la santé, soulignant ainsi l'importance de ce droit dans le cadre des questions soulevées par les requérants.
En conclusion, la décision illustre que, même lorsqu'elles concernent des questions sensibles relatives aux droits des travailleurs, des dispositions législatives peuvent être considérées comme conformes à la Constitution si elles n’entravent pas les droits fondamentaux des salariés en termes de participation et de protection de la santé.