Résumé de la décision
Dans cette affaire, le Conseil national de l'ordre des pharmaciens a suspendu temporairement M. A... de l'exercice de sa profession de pharmacien pour une durée de six mois en raison de problèmes psychiques et relationnels susceptibles de le rendre dangereux. M. A... a contesté cette décision devant le Conseil d'État, arguant qu'elle avait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière. Le Conseil d'État a annulé la décision du Conseil national de l'ordre des pharmaciens, concluant que cette dernière n'avait pas respecté les nouvelles dispositions prévoyant une expertise par trois médecins.
Arguments pertinents
Le Conseil d'État a mis en avant plusieurs arguments juridiques clés :
1. Procédure irrégulière : La décision du 11 septembre 2014 a été prise sur la base d'un rapport établi avant l'entrée en vigueur du décret du 26 mai 2014, qui imposait une procédure d'expertise plus rigoureuse. Selon le Code de la santé publique - Article R. 4221-15, la suspension du droit d'exercer ne peut être ordonnée que sur un rapport motivé établi par trois médecins experts désignés selon un processus précis. La décision prise pour M. A... ne s'inscrivait pas dans ce cadre, ce qui constitue une irrégularité.
2. Absence d'urgence justifiant une dérogation : Bien que l'état de santé de M. A... ait été préoccupant, le Conseil d'État a noté que cela ne justifiait pas de contourner les procédures établies. Il aurait été possible pour le Conseil national de l'ordre de solliciter une suspension immédiate auprès du directeur général de l'agence régionale de santé, selon l'Article L. 4221-18 du Code de la santé publique.
Interprétations et citations légales
La décision s'appuie sur les dispositions suivantes :
- Code de la santé publique - Article R. 4221-15 : "La suspension ne peut être ordonnée que sur un rapport motivé, établi à la demande du conseil régional ou du conseil central compétent par trois médecins désignés comme experts...". Ce texte stipule clairement les conditions procédurales nécessaires avant de prononcer une suspension.
- Code de la santé publique - Article L. 4221-18 : Ce dernier permet aux autorités sanitaires de suspendre le droit d'exercer un professionnel de santé si son état de santé est susceptible de présenter un danger. Cela met en relief une alternative procédurale que le Conseil national de l'ordre aurait pu envisager, rendant l'absence de respect des nouvelles procédures encore plus significative.
Conclusion
En conclusion, le Conseil d'État a reconnu la nécessité de respecter les nouvelles procédures d'expertise imposées par le décret de 2014, jugées comme une garantie essentielle pour la protection des professionnels et des patients. La décision annulant la suspension de M. A... souligne l'importance du respect des normes procédurales, même dans des situations urgentes, et confirme le droit de ce dernier à être entendu dans une procédure régulière.