Résumé de la décision
M. C... a saisi le Conseil d'État pour annuler l'avis défavorable émis par le Conseil supérieur de la magistrature le 22 janvier 2019, concernant sa nomination en qualité de magistrat exerçant à titre temporaire au tribunal de grande instance de Douai, à la suite d'une condamnation pour conduite en état alcoolique. En outre, il conteste la décision du garde des sceaux, ministre de la justice, qui a refusé sa nomination le 30 janvier 2019. Le Conseil d'État a rejeté sa requête, considérant que les circonstances entourant la condamnation pénale entachaient les garanties de bonne moralité requises pour l'exercice des fonctions judiciaires.
Arguments pertinents
1. Garantie de bonne moralité : Le Conseil d'État rappelle que la bonne moralité est une condition essentielle pour l'accès aux fonctions de magistrat. Il précise que l'autorité compétente doit apprécier les éléments potentiellement remettant en cause cette garantie. Ainsi, l'article 16, 3° de l'ordonnance n° 58-1270 stipule que « Les candidats (...) doivent jouir de leurs droits civiques et être de bonne moralité ».
2. Précision sur la nature de l'avis défavorable : Le Conseil souligne que l'avis rendu par le Conseil supérieur de la magistrature n'est pas une sanction ni n'implique une procédure contradictoire. En effet, le refus de nomination n'est pas considéré comme une décision individuelle qui requiert une motivation, ce qui aligne avec le principe énoncé dans l'article L. 211-2 du Code des relations entre le public et l'administration.
3. Absence de détournement de procédure : En ce qui concerne l'allégation de détournement de procédure, le Conseil d'État ne trouve pas de fondement pour cette accusation, relevant ainsi que M. C... n’a pas démontré cette allégation.
Interprétations et citations légales
1. Sur la bonne moralité des candidats : Les articles de l'ordonnance organique du 22 décembre 1958 définissent clairement les critères pour devenir magistrat. L'article 16, alinéa 3° précise que les candidats doivent être « de bonne moralité », ce qui implique une évaluation stricte des antécédents judiciaires. Le Conseil d'État indique : « Il lui appartient ainsi d'apprécier (...) les faits de nature à mettre sérieusement en doute l'existence de ces garanties ».
2. Absence de motivation obligatoire : Le Conseil d'État a statué que l'avis défavorable du Conseil supérieur ne nécessite pas de justification détaillée, faisant référence à l'article L. 211-2 du Code des relations entre le public et l'administration : « Aucun autre texte ni principe n'en impose la motivation ». Cette interprétation suggère une certaine flexibilité dans les procédures administratives concernant les nominations dans la magistrature.
3. Détournement de procédure : Finalement, le Conseil établit que l'accusation de détournement de procédure n'est pas étayée, concluant qu'« il résulte de tout ce qui précède que M. C... n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il attaque ».
Ces éléments illustrent la rigueur avec laquelle le Conseil d'État évalue les candidatures aux fonctions judiciaires, en mettant l'accent sur la nécessité de respecter les normes de déontologie et de moralité.