Résumé de la décision
La société Hydro Energie Muyle France, propriétaire d'un moulin situé sur la Creuse, contestait la consistance légale de son droit fondé en titre pour l'exploitation de ses ouvrages hydroélectriques, initialement fixé à 66,24 kW par l'administration. Le tribunal administratif a ensuite requalifié le droit à 67 kW suite à une demande de la société. La cour administrative d'appel de Nantes, par un arrêt du 5 avril 2019, a rejeté l'appel formé par la société. La société a alors formé un pourvoi en cassation. Le Conseil d'État a annulé l'arrêt de la cour, considérant qu'il y avait eu une erreur de droit dans l'évaluation de la consistance légale, et a renvoyé l'affaire à la cour d'appel. L'État a également été condamné à verser une somme de 3 000 euros à la société au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Arguments pertinents
Le Conseil d'État a identifié une erreur de droit dans l'évaluation de la consistance légale du moulin de La Guerche, notamment en se fondant sur un document ancien sans vérifier la nature des mesures mentionnées. Il souligne que :
- Droit fondé en titre : Ce droit conserve en principe la consistance légale qu'il avait à l'origine. Cette consistance est présumée conforme à sa consistance actuelle à moins de preuve du contraire. La cour a erré en se basant sur un chiffre dont les modalités de mesure n'étaient pas claires : « la cour s'est fondée sur un document... sans rechercher si le chiffre en cause correspondait au débit maximal dérivé ».
- Expertise contradictoire : L'absence d'une contre-expertise suffisante était problématique car l'expert diligenté par la requérante disposait d'informations plus récentes et pertinentes concernant les conditions actuelles d'exploitation.
Interprétations et citations légales
Le Conseil d'État a appliqué plusieurs articles des codes pertinents dans son raisonnement :
1. Code de l'énergie - Article L. 511-1 : Cet article stipule que « sous réserve des dispositions de l'article L. 511-4, nul ne peut disposer de l'énergie des... cours d'eau, sans une concession ou une autorisation de l'État. »
2. Code de l'énergie - Article L. 511-4 : Cet article précise que « ne sont pas soumises aux dispositions du présent livre : / 1° Les usines ayant une existence légale ; (...) »
3. Code de l'énergie - Article L. 511-5 : Il établit que « les installations hydrauliques dont la puissance excède 4 500 kilowatts... Sont placées sous le régime de la concession » et le calcul de la puissance de ces installations doit se faire selon la formule énoncée dans cet article.
Le Conseil d'État a convenu qu'il fallait appliquer la définition de la puissance maximale basée sur « la hauteur de chute par le débit maximum de la dérivation par l'intensité de la pesanteur ». En raison des incohérences dans le raisonnement de la cour d'appel, le jugement de cette dernière a été annulé et renvoyé pour nouvel examen.
Cette analyse met en lumière l'importance de l'expertise technique dans les affaires hydrauliques et la rigueur nécessaire lors de l'évaluation de droits fondés en titre, exigeant que les juges administratifs fondent leurs décisions sur des données actuelles et pertinentes.