Résumé de la décision
Cette décision concerne une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée par M. B..., relative à la conformité de l'article L. 131-11 du Code des juridictions financières à la Constitution. Ce dernier argue que les dispositions de cet article, qui permettent à la Cour des comptes de prononcer une amende contre des comptables de fait en l'absence de poursuites selon l'article 433-12 du Code pénal, violent le principe de nécessité des délits et des peines. Le Conseil d'État, après avoir examiné les conditions prévues par l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958, décide de renvoyer la question au Conseil constitutionnel pour qu'il se prononce sur sa constitutionnalité.
Arguments pertinents
Le Conseil d'État souligne plusieurs points clés :
1. Applicabilité : L'article L. 131-11 du Code des juridictions financières est applicable au litige, ce qui est requis pour que la QPC soit examinée.
2. Non-conformité antérieure : Les dispositions n’avaient pas déjà été déclarées conformes à la Constitution, ce qui ouvre la voie à leur réexamen.
3. Question sérieuse : Le grief concernant la violation du principe de nécessité des délits et des peines, deduit de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, est caractérisé comme sérieux. Ceci existe notamment parce que les dispositions contestées excluent la possibilité de sanctionner des comptables de fait sans poursuites préalables.
Le Conseil d'État conclut donc qu'il y a lieu de renvoyer au Conseil constitutionnel la question prioritaire soulevée par M. B...
Interprétations et citations légales
1. Ordonnance n° 58-1067 - Article 23-4 : Cet article établit les conditions précises pour qu'une question de constitutionnalité soit transmise au Conseil constitutionnel. Il stipule que pour être présumée conforme, une disposition doit être applicable au litige, ne pas avoir été déclarée conforme antérieurement, et la question doit être nouvelle ou sérieuse.
2. Code des juridictions financières - Article L. 131-11 : L'article dispose que : "Les comptables de fait peuvent, dans le cas où ils n'ont pas fait l'objet pour les mêmes opérations des poursuites [...] être condamnés à l'amende par la Cour des comptes". À ce titre, une interprétation plus large pourrait être requise sur les implications liées à la nécessité de poursuite pour qu'une amende soit prononcée.
3. Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 - Article 8 : Il souligne que "nul ne peut être puni de la peine qui n'est pas prévue par la loi". Ce principe semble en jeu ici, car la possibilité d'imposer une amende sans poursuites préalables pourrait être interprétée comme une atteinte à ce droit fondamental.
Ces textes juridiques sont interprétés dans le cadre de la décision de manière à justifier le renvoi de la QPC au Conseil constitutionnel, marquant ainsi une potentielle remise en question de la légalité des dispositions sur les amendes des comptables de fait.