Résumé de la décision
La décision concerne une requête de Mme B... visant à engager la responsabilité civile de la SCP Masse-Dessen, Thouvenin et Coudray, avocats au Conseil d'État et à la Cour de cassation. Mme B... a contesté la tenue d'une procédure judiciaire relative à l'indemnisation des préjudices subis lors d'une prise en charge médicale par les hôpitaux universitaires de Strasbourg, en arguant d'un manquement à l'impartialité d'un magistrat et d'un défaut de défense de son avocat lors du pourvoi en cassation. La cour a rejeté sa demande, considérant qu'elle n'avait pas démontré une perte de chance sérieuse d'obtenir un résultat favorable suite à un manquement fautif de son avocat.
Arguments pertinents
1. Sur la compétence et l'autorité de décision : La cour a affirmé que les actions en responsabilité civile professionnelle doivent être portées devant le Conseil d'État lorsque les faits concernent des fonctions exercées devant les juridictions administratives. Cela repose sur l’article 13 de l’ordonnance du 10 septembre 1817, qui stipule, "Les actions en responsabilité civile professionnelle engagées à l’encontre d’un avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation sont portées... devant le Conseil d’Etat…".
2. Sur la reconnaissance de la faute : Bien que Mme B... ait fait valoir que son avocat avait manqué à ses obligations, la cour a souligné qu'elle devait établir que ce manquement avait entraîné une perte de chance sérieuse d’obtenir une décision favorable. La cour a déclaré qu'"à supposer même que le manquement mentionné ... revête un caractère fautif ... ne serait fondée à demander réparation que si ce manquement lui avait fait perdre une chance sérieuse".
3. Sur l'évaluation de la perte de chance : La cour a constaté que Mme B... n’avait pas établi que la supériorité de sa position aurait été compromise, indiquant que, "elle n’établit pas, en revanche, qu'elle aurait été privée ... d'une chance sérieuse de voir ses demandes d'indemnisation supplémentaire satisfaites".
Interprétations et citations légales
1. Ordonnance du 10 septembre 1817 - Article 13 : Cet article est central à la question de la compétence du Conseil d'État pour trancher les litiges en matière de responsabilité civile professionnelle des avocats. La législation précise que ces actions "sont portées... devant le Conseil d'Etat, quand les faits ont trait aux fonctions exercées devant le tribunal des conflits et les juridictions de l’ordre administratif".
2. Le principe de la perte de chance : La jurisprudence établit que pour engager la responsabilité d’un avocat, la preuve d’un manquement fautif doit être accompagnée d'une démonstration que ce manquement a causé une perte de chance sérieuse d'obtenir un résultat favorable. Ici, la cour a appliqué cette norme, affirmant que la requérante "ne serait fondée à demander réparation" que si "ce manquement lui avait fait perdre une chance".
3. Sur l'impartialité du juge : Bien que Mme B... ait soulevé le manquement à l'impartialité d'un magistrat, la cour a retenu que même en considérant ce manquement comme fautif, cela ne suffisait pas pour établir une responsabilité à l'égard de l'avocat si aucune perte de chance n'était démontrée.
En somme, la décision se fonde sur des principes solides en matière de responsabilité civile professionnelle des avocats, en mettant l'accent sur la nécessité d'établir un lien direct entre le manquement de l'avocat et la perte de chance d'un résultat favorable.