Résumé de la décision
M. et Mme B... ont saisi le préfet de la Haute-Loire pour obtenir la reconnaissance de leur droit de prise d'eau lié à leur propriété, le Moulin du Rocher. Le préfet a refusé cette reconnaissance, décision confirmée par le tribunal administratif de Clermont-Ferrand et par la cour administrative d'appel de Lyon. Les époux B... ont alors formé un pourvoi en cassation contre l'arrêt de la cour d'appel. La décision de la Cour administrative du Conseil d'État a annulé l'arrêt de la cour d'appel, concluant que la cour avait mal qualifié les faits concernant l'état du seuil de prise d'eau et a renvoyé l'affaire à la cour d’appel. L'État a été condamné à verser une somme de 3 000 euros aux requérants en vertu de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Arguments pertinents
1. Nature du droit de prise d'eau : La décision souligne que "la force motrice produite par l'écoulement d'eaux courantes ne peut faire l'objet que d'un droit d'usage", précisant que ce droit ne se perd que lorsque l'ouvrage essentiel à son utilisation est largement endommagé ou inexistant. La cour a jugé que l'état dégradé du seuil de prise d'eau ne pouvait à lui seul justifier la perte du droit.
2. État de ruine : Il est établi que "l'état de ruine, qui conduit à la perte du droit, est établi lorsque les éléments essentiels de l'ouvrage permettant l'utilisation de la force motrice du cours d'eau ont disparu". La cour a constaté que même si le seuil était dégradé, des travaux limités pourraient le rétablir. Cela contredit l'interprétation de la cour administrative d'appel qui a décidé qu’un simple bloc de pierre en ruine justifiait la reconstruction complète de l'ouvrage.
Interprétations et citations légales
La décision s’appuie sur plusieurs codes régissant les droits d'usage des eaux :
- Code de l'énergie - Article 123 : Il précise que "la force motrice produite par l'écoulement d'eaux courantes ne peut faire l'objet que d'un droit d'usage". Ce passage souligne que tout droit lié à l'eau est fondamentalement un droit d'usage, soumis à des conditions de conservation.
- Code de l'environnement - Article 111-1 : Bien qu'il n'ait pas été cité directement, les principes de protection des ressources en eau influencent l'interprétation des droits de prise d'eau. La protection de ces ressources impose un contrôle strict de leur usage, renforçant ainsi l'idée que le droit ne se perdrait pas par simple dégradation.
- Code de justice administrative - Article L. 761-1 : Cet article permet d'imposer à l'État le remboursement des frais engagés par les requérants, établissant ainsi une compensation financière pour le préjudice subi durant la procédure administrative.
En somme, la décision met en lumière l'importance des faits matériels et l'interprétation stricte des notions de ruine et de droit d'usage, affirmant que la simple dégradation ne suffit pas à justifier la perte d'un droit fondé en titre.