Résumé de la décision :
M.B..., ressortissant algérien né en France, a connu une carrière criminelle marquée par plusieurs condamnations allant jusqu'à dix ans de réclusion pour viol. Après avoir sollicité auprès de la préfecture de la Somme une admission exceptionnelle pour obtenir un titre de séjour en France, sa demande a été refusée. M.B... a ensuite formé un recours devant le tribunal administratif, qui a été rejeté, puis a effectué un appel devant la cour administrative d'appel de Douai, qui a également rejeté son appel. Le Conseil d’État a confirmé cette décision, considérant que M.B... constituait une menace pour l'ordre public et que les périodes de détention ne devaient pas être incluses dans le calcul de sa résidence en France.
Arguments pertinents :
1. Menace pour l'ordre public : La cour a souligné qu'il est légal pour les autorités compétentes de refuser un titre de séjour à un ressortissant algérien lorsque sa présence constitue une menace pour l'ordre public. La cour a conclu que les multiples condamnations de M.B..., qui dépassent dix-huit années d'emprisonnement, justifiaient la décision du préfet de le considérer comme une menace.
> "Le préfet de la Somme pouvait légalement prendre en considération la nature, le caractère répété et la gravité des faits pour lesquels il a fait l'objet de multiples condamnations."
2. Calcul de la durée de résidence : La cour a précisé que les périodes de détention, résultant de condamnations pénales, ne pouvaient pas être prises en compte dans le calcul de la résidence en France. Cela signifie que M.B..., en tenant compte des périodes d'incarcération, ne pouvait pas justifier d'une résidence ininterrompue de plus de dix ans.
> "Les périodes de détention accomplies […] ne pouvaient être prises en compte dans le calcul de la durée de la résidence en France pour l'application des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien."
3. Droits au respect de la vie privée et familiale : La cour a également estimé que les liens familiaux de M.B... ne suffisaient pas à justifier son maintien en France, compte tenu de son statut et des circonstances de son passé criminel. La cour a jugé que la mesure prise par le préfet n'était pas une atteinte disproportionnée aux droits de M.B... en matière de vie privée.
> "Le préfet n'a pas, dans les circonstances particulières de l'espèce, porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise."
Interprétations et citations légales :
1. Accord franco-algérien - Article 6 : Cet article stipule les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence pour les ressortissants algériens. La cour a interprété cet article en déterminant que les conditions d'octroi du titre de séjour s'accompagnent du pouvoir d'appréciation de l’autorité compétente d’évaluer la menace pour l’ordre public.
> "Les dispositions du présent article […] ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser [...] lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public."
2. Code de la justice administrative - Article L. 761-1 : Cet article prévoit que toute partie peut demander la condamnation de la partie adverse à payer une somme au titre des frais exposés. Dans ce cas, la cour a rejeté les conclusions de M.B... à ce titre, considérant que son pourvoi n'était pas fondé.
> "Le pourvoi de M. B... doit être rejeté, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative."
Ainsi, la décision du Conseil d'État s'appuie sur une analyse des faits, des principes juridiques en matière de séjour des étrangers et des droits fondamentaux, tout en soulignant les limites imposées par la sécurité et l'ordre public.