Résumé de la décision
La Fondation AJD - Maurice Gounon a déposé un recours pour excès de pouvoir contre les commentaires administratifs relatifs à l'article 278 sexies du code général des impôts, en soulevant une question prioritaire de constitutionnalité (QPC). Cette dernière concerne l'application d'un taux réduit de TVA aux livraisons de locaux d'hébergement pour certaines catégories d'établissements sociaux et médico-sociaux. Le Conseil d'État a jugé que la question posée ne présentait pas un caractère sérieux et ne nécessitait pas d'être renvoyée au Conseil constitutionnel. Ainsi, il a décidé de ne pas donner suite à la QPC soulevée.
Arguments pertinents
1. Applicabilité de l'article contesté : L'article 278 sexies du code général des impôts établit que le taux réduit de TVA de 5,5 % s'applique uniquement aux livraisons de locaux pour des établissements qui accueillent des personnes âgées ou des jeunes adultes handicapés. Les arguments de la requérante sur une rupture d'égalité ne sont pas fondés car les établissements qui s'occupent d'autres catégories de bénéficiaires n'entrent pas dans le champ d'application de cet article.
> « [...] ces dispositions n’ont ni pour objet ni pour effet de distinguer les établissements en fonction de l’origine du handicap dont sont porteuses les personnes qu’ils accueillent. »
2. Critères objectifs : Le Conseil d'État a affirmé que la limitation du bénéfice du taux réduit de TVA repose sur des critères objectifs et rationnels, en lien avec les investissements nécessaires pour adapter les infrastructures à l'hébergement des personnes âgées ou des jeunes adultes en situation de handicap.
> « [...] la limitation [...] est fondée sur des critères objectifs et rationnels en fonction de l’objectif poursuivi par le législateur. »
3. Absence de nouveauté de la QPC : La question prioritaire de constitutionnalité soulevée par la requérante a été jugée non nouvelle et sans caractère sérieux, ce qui a conduit à la décision de ne pas la renvoyer au Conseil constitutionnel.
Interprétations et citations légales
1. Article contesté
- Code général des impôts - Article 278 sexies : Cet article précise les opérations éligibles au taux réduit de TVA. La requérante conteste l'applicabilité de cet article, en arguant qu'il crée une inégalité de traitement entre différents types d'établissements sociaux.
> « [...] La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 5,5 % concernant [...] 8. Les livraisons de locaux aux établissements mentionnés [...] agissant sans but lucratif [...] lorsqu'ils hébergent à titre permanent ou temporaire des personnes handicapées. »
2. Ordonnance de 1958
- Ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 : Permet la saisie du Conseil constitutionnel pour soulever des questions de conformité d’une disposition législative avec la Constitution.
> « [...] Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution peut être soulevé, y compris pour la première fois en cassation. »
3. Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789
- Article 16 : Énonce le principe d'égalité devant la loi et prohibe des discriminations injustifiées dans l'application de celle-ci.
> « [...] la différence de traitement ainsi opérée entraînerait [...] une méconnaissance des principes qui découlent de l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. »
En conclusion, le Conseil d'État a validé l'application de l'article 278 sexies du code général des impôts sans l’élever au Conseil constitutionnel, arguant que la QPC n’était ni nouvelle ni sérieuse, et que les distinctions établies par la loi sont justifiées par des raisons objectives et rationnelles.